Pourquoi le livre «Au revoir là-haut» de Pierre Lemaitre fait l'unanimité

Anaëlle Grondin

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L'écrivain français Pierre Lemaitre.
L'écrivain français Pierre Lemaitre. — GINIES/SIPA

Ses critiques sont excellentes, il fait partie des meilleures ventes, a conquis les libraires et est en lice pour six prix littéraires, parmi lesquels le prestigieux Goncourt. Au revoir là-haut (Albin Michel), le livre inattendu de Pierre Lemaitre, qui pour la première fois fait des infidélités au polar, ne laisse personne indifférent. L’écrivain de 62 ans livre là une œuvre littéraire époustouflante et à la fois «mainstream». Un coup de maître.

Haletant. Au revoir là-haut raconte avec malice et noirceur le sort de deux rescapés abîmés de la Grande Guerre, Albert Maillard et Edouard Péricourt, qui se retrouvent dans une France plus soucieuse d'honorer ses morts que de s'occuper de ses survivants. Il y a des rebondissements, du suspense, de l’action. «Je n’ai pas totalement délaissé le polar. On y retrouve les ingrédients dans le style et la construction», commente Pierre Lemaitre, qui confie avoir passé beaucoup plus de temps sur «la technique», pour captiver le lecteur avec des petits twists, que sur le déroulé de l’histoire. Il a ainsi réécrit le premier chapitre 22 fois avant de se dire «ça y est!»

Scénarisé. Pierre Lemaitre a du mal à parler de «chapitres» lorsqu’il évoque certains passages de son roman. L’écrivain, qui est aussi scénariste pour la télévision, ne peut s’empêcher de dire «scènes». «J’ai naturellement un mode d’écriture qui est très visuel. C’est ma manière de réfléchir», confie-t-il. «Tout se construit avec des rebondissements». Quand il écrit un chapitre, il voit la scène. «Si je devais tourner le film je n’aurais aucune difficulté», assure-t-il. 

Intelligent. Son auteur le revendique: «Au revoir là-haut, c’est de la littérature populaire.» Mais attention, «cela ne veut pas dire de piètre qualité et sans exigence», a-t-il raison de prévenir. «Ce n’est pas écrire ni mal, ni bête», mais simplement «écrire pour le plus grand nombre». Par exemple, il refuse de dire au lecteur ce qu’il doit penser. «Je mets mes personnages en scène, je déroule mon histoire et je lui fais confiance pour le laisser tirer ses leçons», explique Pierre Lemaitre. Sa référence? Alexandre Dumas. «Le Vicomte de Bragelonne est un roman métaphysique, philosophique, mais c’est actif, élégant, efficace. Il y a tout ce qu’il faut pour que ce soit à la fois populaire et intelligent.»

Vivant. Une littérature populaire de piètre qualité se reconnaît à ses personnages creux, pour Pierre Lemaitre: «Ils vont rester les mêmes jusqu’à la fin du roman, ils n’ont pas d’ambigüité, de part d’ombre.» Sans être un roman psychologique, Au revoir là-haut offre des personnages irrésistibles, qui ont une histoire et une trajectoire. L’écrivain voudrait «donner l’impression qu’ils sont vivants». Il aurait pu imaginer une amitié fusionnelle entre Albert et Edouard mais ne l’a pas fait. «On s’adore, on se dispute, on se bat, on se fâche, on se sépare, on se retrouve, on s’aime, on s’insupporte… C’est ça une vraie histoire d’amitié!» 

Et après?

Avec ce virage réussi hors des sentiers du polar, Pierre Lemaitre ne compte pas en rester là.  «Je veux écrire plusieurs autres romans, faire une petite fresque du XXème siècle. Ce ne sera pas une suite. Ce sera un puzzle dont la première pièce serait Au revoir là-haut», confie l’écrivain. «Les autres romans viendraient s’ordonner autour. Je pourrais reprendre des personnages secondaires pour ces nouveaux livres». L’auteur jubile à l’idée de «créer une complicité avec le lecteur».