Rentrée littéraire: Thomas B. Reverdy sur la piste des «Evaporés» du Japon

LITTERATURE Thomas B. Reverdy est en course pour le Goncourt et le Décembre avec une histoire d'exil et de disparition...

Anne Kerloc`h

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Thomas B. Reverdy, écrivain auteur de «Les Évaporés» le 12 septembre 2013 à Paris.
 
Thomas B. Reverdy, écrivain auteur de «Les Évaporés» le 12 septembre 2013 à Paris.   — A. GELEBART / 20 MINUTES

Un nuage gracieux de la rentrée littéraire. Ni pavé massif, ni machine à buzz, Les Evaporés de Thomas B.Reverdy se sont glissés en douceur dans les listes des prix Décembre et Goncourt. Un roman qui a la force de sa délicatesse.

Ecrit au Japon, dans le cadre d'une résidence d'écrivain à la Villa Kujuyama de Kyoto, il traite d'une réalité ignorée en Europe, tabou dans l'archipel: Les Evaporés.

Qui sont les Evaporés?

Des disparus volontaires, personnes qui disparaissent et refluent aux marges de la société à la suite de dettes de jeu, échec professionnels, voire scolaires. «J'ai découvert le phénomène par un reportage dans la revue XXI raconte Thomas B. Reverdy, je n'en avais jamais entendu parler». Sur place, il se nourrit de lectures, et de quelques rencontres. «Pour les Japonais, c'est un peu difficile d'en parler mais si on montre sincèrement de l'intéret pour le sujet, ils ont des anecdotes. Ainsi un étudiant m'a confié qu'un de ses amis se logeait à bas prix en occupant des logements où avait eu lieu une évaporation, un Johatsu». Permettant de lever par sa présence la malédiction associée à l'événement.

Les vapeurs mortelles de Fukushima se sont-elles dissipées?

Sur place, Reverdy se sent «rattrapé par Fukushima, je n'avais pas imaginé à quel point c'était un traumatisme dans la société japonaise. Peut être le tsunami encore plus que l'accident nucléaire. Il a fait des morts, jetés des gens à la rue, ruinés d'autres». Et engendré une autre vague d'évaporés, que le roman imagine se retrouver dans la ville de Sanya, connue pour être un refuge de SDF, travailleurs pauvres et sans-noms de la société.

Sommes- nous tous des Evaporés?

Ancré dans la société Japonaise, marqué par la présence des Yakuzas, Les Evaporés est surtout un roman universel sur la solitude, les liens, a travers les histoires croisés d'un détective californien, d'un évaporé et d'un adolescent livré à lui-même après le tsunami. «Le fait d'être confronté à la solitude, un peu perdu dans les sublimes montagnes japonaises, a guidé mon écriture. J'ai rendu fécond mon exil». L'exil, l'éloignement, l'isolement. Avec un peu d'humour pour crayonner l'horizon. «Cela correspondait à mon ressenti. Il y a une vraie dureté en même temps qu'une vraie douceur de vivre au Japon. Les Japonais sont très gais, capable de s'enthousiasmer pour le spectacle de la nature. Mais je ne dis pas que j'ai réussi à percer l'humour japonais...»

Les Evaporés de Thomas B. Reverdy, Editions Flammarion, 19 euros