Braque au Grand Palais, la revanche de l’intello du cubisme

Benjamin Chapon

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L'exposition Georges Braque au Grand Palais, à Paris, en septembre 2013.
L'exposition Georges Braque au Grand Palais, à Paris, en septembre 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Mort il y a cinquante ans, Georges Braque a disparu une seconde fois en 1973, date de la dernière grande exposition parisienne consacrée à cet inventeur du cubisme.

Le Grand Palais répare l’outrage avec une immense rétrospective* qui présente plus de 200 œuvres de Georges Braque.

Ecrasé par Dali et Picasso

«Il a été oublié des institutions parisiennes depuis quarante ans, mais il a eu un succès important de son vivant, notamment grâce à de très bons marchands», explique Brigitte Léal, commissaire de l'exposition.

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«Sa notoriété a été écrasée par celles de Picasso et Dali, aux génies spectaculaires là où Braque était un génie discret et intellectuel.»

Le premier des cubistes

«Picasso, avec ses autoportraits et des portraits de femmes aimées, documentait sa vie privée. On pouvait s’y projeter facilement, raconte Brigitte Léal. Quant à Dali, il a une œuvre sexuelle, voire obscène. Braque était très beau et avait une belle présence mais n’a jamais su en jouer. Il était pudique, comme ses œuvres, et se fichait de la gloire. Tout juste tenait-il à ce que l’on sache qu’il avait inventé le cubisme.»

Sur ce point, pourtant, le débat reste entier pour certains historiens de l’art qui persistent à penser que Picasso est l’inventeur du cubisme.

Picasso, l’ami à la mort

Brigitte Léal, qui n’a pas obtenu de prêts du musée Picasso pour mettre en relation les œuvres des deux peintres dans son exposition, estime qu’il y a eu «une fraternité du cubisme. Braque parlait de "cordée en montagne" pour évoquer l’aventure, le danger et la grande complicité entre eux.»

«Il y a ensuite eu des piques et une forme de rivalité entre eux mais leur amitié ne s’est jamais démentie, raconte la commissaire d’exposition. Alors que Braque était mourant, Picasso est venu le veiller quotidiennement. A cette époque-là, Picasso ne venait jamais à Paris. Il a fait une exception pour son grand ami.»

Constant renouvellement

«J’espère que cette exposition va contribuer à réhabiliter cet immense peintre et très grand coloriste qui est resté dans l’ombre de façon assez incompréhensible», conclut Brigitte Léal.

Dès ses premières toiles inspirées du fauvisme à ses fameux Oiseaux en passant par une multitude d’expérimentations à la frontière de l’abstraction, l’exposition montre le souci de constant renouvellement de Braque.

Raffinement chromatique

Alors que beaucoup associent Braque à des toiles ternes, l’exposition dévoile un génie de la couleur. «Il y a chez Braque un grand sens de la lumière. Normal, c’est un Normand, s’amuse Brigitte Léal. Les reproductions ne rendent pas grâce au raffinement chromatique de Braque. Il a notamment de magnifiques nuances de mauve bleutée.»

Egalement considéré comme un peintre intellectuel et radical, voire «un peintre pour les peintres» pour les critiques d’art de l’époque, Braque est un artiste exigeant dont l’œuvre, sensuelle lorsque l’on s’y penche, ne l’est pas.

*Jusqu’au 6 janvier 2014. Du mercredi au samedi de 10h à 20h, le lundi et le dimanche de 10h à 20h. Fermeture le mardi. 12 euros. www.grandpalais.fr