Owen Martell raconte la pause musicale de Bill Evans

LIVRE L'écrivain gallois Owen Martell raconte un épisode de la vie du pianiste de jazz américain Bill Evans dans «Intermède»...

Charlotte Murat

— 

L'écrivain Owen Martell.
L'écrivain Owen Martell. — Juste Peciulyte

Si c'est un livre sur le deuil, il ne s'agit pas de n'importe quel deuil. Intermède, c'est une interruption dans la vie de Bill Evans, pianiste de jazz, qui en 1961, commence à se faire un nom. Lorsque Scott LaFaro meurt tragiquement dans un accident de voiture en 1961, Bill ne perd pas que son contrebassiste. Il perd aussi un ami. Et l'envie de s'approcher d'un piano. «Je donne à la musique une place sacrée, explique l'auteur, Owen Martell. Je me suis donc posé la question de ce qu'il en est pour un musicien, qui doit continuer à jouer même lorsqu'il n'est pas inspiré. Comment un pianiste  peut-il trouver le salut dans la musique, alors même que c'est son métier?»

Le romancier a découvert Bill Evans grâce à un ami. Du jazz, il est passé à sa vie et plus particulièrement à cette période de deuil, «très peu renseignée dans les biographies du musicien». Que sait-on de ce qu'à fait Bill Evans entre ses derniers enregistrements au Village Vanguard, célèbre club de jazz de la Septième avenue à New York, et la reprise de son trio avec Paul Motian et un nouveau contrebassiste, Chuck Israels? Pas grand chose, si ce n'est qu'il  a été «hébergé par sa famille».

Huis clos familial

Alors Owen Martell imagine. Il y a d'abord son frère, Harry Jr, qui, apprenant la mort de Scott LaFaro dans le journal, part à la recherche de Bill pour le ramener chez lui. Il le suit jusqu'à Harlem, et se demande, inquiet, où part son frère en catimini toutes les nuits. Puis il y a les parents de Bill, qui accueillent en Floride ce fils qui leur a échappé depuis longtemps.

De ce huis clos familial, très peu de paroles ressortent. «Je ne voulais pas que le récit soit basé sur l'or de la parole, explique Owen Martell. Parler, c'est trop vite imposer une réalité sur quelque chose. Une série de gestes ou de regards peuvent suffire pour communiquer. De plus, l'unité familiale est celle où justement on n'est pas obligé de parler.» L'auteur raconte donc des moments simples : un après-midi au parc d'attraction de Coney Island, une partie de golf, une sortie dans un bar. Au final, avec Intermède, Owen Martell pose cette question simple: «Quelle est la vie normale d'un musicien?»

Intermède, Owen Martell, Autrement, 17 euros.

Retrouvez ici un exemple de que que produisait Bill Evans en trio avec Scott Lafaro et Paul Motian: