VIDÉO. «Bescherelle»: Un centenaire loin d’être démodé

Benjamin Chapon

— 

Le Bescherelle classique se décline aussi en méthode d'Anglais, beaux livres, applications mobiles...
Le Bescherelle classique se décline aussi en méthode d'Anglais, beaux livres, applications mobiles... — © A. GELEBART / 20 MINUTES

Edité depuis 100 ans par Hatier, le vénérable Bescherelle (la première édition a 170 ans) est encore et toujours un succès de librairie. Il s’en vend plus d’un million d’exemplaires par an. Au-delà de l’attachement à la marque et au format «petit livre rouge», cette réussite démontre l’attachement des Français à leur grammaire.

«Il y a un attachement à la complexité de la langue, une fierté cocardière d’avoir une langue difficile à apprendre, note Alice Almarez, docteur en linguistique. De tous les marqueurs sociaux, le niveau de langage est celui qui est le moins remis en cause.»

Touche pas à mon exception à la règle

«En 1990, l’Académie française avait suggéré des simplifications orthographiques et grammaticales qui ont été très peu appliquées, notamment par les professeurs et instituteurs», Véronique Tournier, responsable du parascolaire secondaire des Editions Hatier.

Cet amour de la grammaire se retrouve très jeune. «Mes élèves sont très vexés quand je leur signale des fautes de grammaire ou de conjugaison. Ça les touche beaucoup plus que lorsque je pointe une lacune de culture générale ou un comportement inapproprié en classe par exemple», constate Françoise Jacques, coordinatrice du réseau d’instituteurs et professeurs Grammaires en fête.

Le correcteur n’est pas toujours à la page

Pour autant, la génération SMS (et leurs parents avant eux) n’hésite pas à malmener l’orthographe ni la grammaire. «Ils voient les correcteurs automatiques sur leurs téléphones comme des freins à la fluidité de la langue, rapporte Françoise Jacques. En revanche, quand ils font des exercices sur ordinateur, ils comptent beaucoup sur le correcteur orthographique.»

Véronique Tournier, directrice éditoriale du Bescherelle, explique comment l’ouvrage de référence a résisté à ces correcteurs: «D’abord, nous aussi avons des outils informatiques et des applications pour mobiles, dont une pour les dictées. Et surtout, là où Internet donne une réponse immédiate, un livre explique comment comprendre la règle de conjugaison ou de grammaire. Nous avons une approche pédagogique pour que nos lecteurs comprennent la règle, et qu’à terme, ils puissent s’affranchir de la consultation du Bescherelle

La langue par le peuple, pour le peuple

Consultés, les internautes de 20minutes.fr ont des souvenirs douloureux de l’usage du Bescherelle. Mais si on en juge par la qualité de leur expression, l’ouvrage a atteint son objectif pédagogique.

«Les gens utilisent peut-être des syntaxes* moins élaborées qu’auparavant mais je n’aime pas trop ce discours sur un soi-disant appauvrissement de la langue, explique Véronique Tournier. L’usage de la langue française s’est démocratisé. Par ailleurs, l’informatique nous pousse à écrire beaucoup.»

Pax synthaxa

Si le Bescherelle se diversifie, notamment avec un ouvrage sur la chronologie de l’histoire de France, et change régulièrement son approche pédagogique, la langue française et ses règles, elles, sont quasiment immuables. «La syntaxe française s’est figée au 17e siècle, rappelle Véronique Tournier. Auparavant, il y avait plus de libertés pour placer les mots dans la phrase.»

Il n’y a pas ou peu de querelles en grammairiens (ou grammaticiens, un anglicisme). «Le rapport à la langue n’est pas apaisé du point de vue du vocabulaire, constate Alice Almarez. La langue s’enrichit à grande vitesse alors même que ses règles, elles, sont figées, admises et défendues, même par ceux qui les maîtrisent mal et en souffrent.» La linguiste fait le parallèle avec les délinquants qui, en prison, étudient majoritairement le droit.

Un patrimoine, des patrimoines  

Le Bescherelle et la grammaire feraient donc partie du patrimoine français si pesant, mais attachant.

««Hibou, chou, genou» ou «où et donc or ni car», ce sont plus que des règles de grammaire, confirme Françoise Jacques. Ce sont des comptines ancestrales que les parents aiment transmettre à leurs enfants. Et nous, ça nous aide pédagogiquement à expliquer que la langue est un usage.»

*L’auteur de cet article confesse qu’il avait mis un «h» à «syntaxe» et s’est fait corriger par le correcteur automatique de son traitement de texte.