Le Louvre restaure l’une de ses plus célèbres œuvres

Benjamin Chapon

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La Victoire de Samothrace, exposé au musée du Louvre, à Paris
La Victoire de Samothrace, exposé au musée du Louvre, à Paris — 2008 Musée du Louvre / Cécile Dégremont

Le Louvre a débuté mardi la restauration de l’un de ses œuvres emblématiques, la Victoire de Samothrace, qui est également la plus lourde: la statue ailée pèse environ 30 tonnes.

«C’est une œuvre phare du musée, avec la Joconde et la Vénus de Milo. Elle est incontournable.» Son emplacement l’est tout autant puisque le monumental escalier Daru, où la Victoire est placée depuis 1883, est emprunté par sept millions de visiteurs par an, soit plus de 23.000 personnes par jour.

Trente tonnes déplacées de trente mètres

«Nous avons décidé de restaurer l’escalier en même temps que la Victoire, explique Ludovic Laugier, commissaire de la restauration. Mais il était hors de question de fermer au public ce point névralgique du musée. Si on ferme l’escalier Daru, Le Louvre ne fonctionne plus.»

Avant le nettoyage de l’escalier, le Louvre doit déplacer la Victoire. Ses 30 tonnes feront un court voyage puisque le musée a choisi d’installer l’atelier de restauration dans la salle aux sept cheminées voisine.

Une restauration plutôt qu’un dépoussiérage au plumeau

Déjà compliquée en elle-même étant donné la taille de l’œuvre, la restauration a donc nécessité d’organiser un atelier de restauration dans une salle du palais. «Les études de résistance du sol ont été très complexes.»

Bien qu’encrassée, la Victoire n’est pas une œuvre en péril. «Mais quand on la regarde, on ne dirait pas qu’elle a été réalisée en marbre de Paros, le plus beau marbre du monde antique, justifie Ludovic Laugier. Chaque été, je la dépoussière moi-même avec un plumeau et un escabeau. Si les pompiers apprennent ça, ils vont me tirer les oreilles…»

L’appel aux dons en trois langues

Le budget de restauration, quatre millions d’euros, est pris en charge par trois mécènes traditionnels (Nippon Television Holdings, Fimalac et Bank of America) auxquels s’ajoute une nouvelle campagne «Tous mécènes» que le Louvre a déjà menée trois fois depuis 2010.

«Cette quatrième campagne de dons est également lancée en anglais et en japonais, explique un responsable du mécénat au Louvre. En deux jours nous avons déjà récolté une forte somme qui nous laisse penser que cette campagne pourrait dépasser l’objectif d’un million d’euros.»

Une silhouette connue

«La Victoire de Samothrace est un jalon essentiel de l’histoire de l’art universel, mais en plus, le public a de l’empathie pour elle, estime Ludovic Laugier. Les gens la connaissent au moins de vue, c’est la silhouette la plus connue du musée.»

Outre une radiographie totale et un nettoyage de l’œuvre, la restauration pourrait être l’occasion de retirer le socle de béton sur laquelle elle repose. «Ce socle a été ajouté pour que le visiteur voie mieux la Victoire mais c’est un contre-sens. La Victoire est censée se poser sur un bateau. Et là, elle se pose sur un bloc en ciment.»