«Les légendaires», histoire d'un phénoméne éditorial

BD La série «chouchou» des 9-12 ans est l'un des plus gros succès commerciaux de ces dix dernières années...

Olivier Mimran

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DR Patrick Sobral & éd. Delcourt 2013

Créée en 2004, la série Les Légendaires a immédiatement cartonné en librairie. Quinze tomes et neuf ans plus tard, le succès demeure intact: près de 2,9 millions d’albums vendus, des tirages avoisinant les 280.000 exemplaires (ce qui est assez énorme en BD), une série dérivée, Les Légendaires–Origines, qui truste les podiums (deuxième meilleure vente BD cette semaine –source Livres-Hebdo) et une déclinaison animée en chantier, qui sera diffusée en 2015 sur TF1. Analyse d’un phénomène.

Un dessin trop «Manga» ?

Lorsque Patrick Sobral, l’auteur-dessinateur de la série, publie son premier volume aux éditions Delcourt, peu de «spécialistes» lui prédisent un tel avenir. On lui reproche notamment un trait trop proche du manga, un travers mal accueilli chez un dessinateur européen. «Je plaide coupable; mieux, je le revendique!», confie Patrick Sobral à 20 Minutes. «La raison, c’est que j’ai la nostalgie des séries animées de mon enfance («Dragon Ball», «Les chevaliers du zodiaque»,«Les mystérieuses cités d’Or», etc...). J’aime leur esprit qui véhiculait ces belles valeurs morales que sont le courage, l’amitié, le sacrifice.», précise-t-il, avant d’ajouter: «J’essaie de donner aux Légendaires ce même souffle épique, et je suis fier de faire une BD qui soit une passerelle entre 2 époques, 2 genres de BD».

«Des personnages auxquels le public s'identifie»

Les lecteurs, eux, adhèrent immédiatement et sans mesure à l’univers très fantasy desLégendaires. On y suit, dans un monde nommé Alysia, les aventures d’un groupes de héros déterminés à inverser les effets d’un sort qui a transformé tous les habitants en enfants. Banal ? Pas pour Thierry Joor, directeur éditorial chez Delcourt : «Les Légendaires sont des personnages qui ont des sentiments, beaucoup de qualités mais aussi beaucoup de défauts. S'ils n'avaient certains pouvoirs magiques, ils seraient comme vous et moi et cela permet aux lecteurs de s'identifier assez facilement, à l'un ou l'autre des personnages. Les lecteurs vivent leurs aventures de manière pleine et entière. Le courrier que reçoit Patrick Sobral en est une preuve tangible».

Les clefs du succès

Tout ça ne suffit pourtant pas à faire un carton. Patrick Sobral avance un début d’explication à la «Légendairemania»: «La première raison a sûrement été la cadence de parution soutenue de la série (durant les 6 premières années de son existence, un tome sortait tous les 6 mois). Une autre raison, je pense, est que je fais tout simplement le genre de BD que j’aurais aimé lire à l’âge de 12 ans, sans calcul. C’est juste une BD fun avec laquelle j’essaie en permanence de surprendre le lecteur. Enfin, je crois aussi que j’ai eu plus que ma part de chance dans cette aventure !»

Initialement prévue pour compter 15 tomes, Les Légendaires en totalisera finalement au moins 25 (le tome 16 sortira en octobre prochain). Et après? «Très franchement, je n’en ai aucune idée!», avoue Patrick Sobral. «Peut-être que je me contenterai de scénariser dans un premier temps, comme pour la série desLégendaires–Origines dessinée par Nadou. Pour l’instant, je n’ai pas encore l’idée qui me donnera envie de me replonger dans une nouvelle série. Mais je ne m’inquiète pas, ça viendra. Et ce que je sais, c’est que ça sera une série jeunesse, une fois de plus, car c’est là que je m’éclate!»

Bande-annonce des Légendaires tome 16