Clichés pour ados lisant

©2006 20 minutes

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C'est la première fois que la photographe se fait tirer le portrait. « Je ne suis pas du tout photogénique, assure la jolie blonde aux yeux bleus pétillants. Mais je peux bien supporter ça, après tout ce que j'ai fait endurer aux gens que j'ai photographiés. » Marion Poussier a été sollicitée par la Fnac pour travailler sur le prix Goncourt des lycéens, créé il y a dix-neuf ans par le groupe. Elle expose dans onze magasins jusqu'au 15 novembre une douzaine de grands tirages pris dans des colonies de vacances, représentant chacun un livre primé par les jeunes lecteurs. « Il ne s'agissait pas d'illustrer le contenu des bouquins, mais plutôt de jouer avec les mots du titre », précise la photographe qui en « commence seulement maintenant la lecture ».

Le choix de Marion Poussier n'est pas un hasard. La photographe de 26 ans s'était fait remarquer aux dernières Rencontres internationales de la photographie d'Arles, où elle était invitée par Raymond Depardon, avec sa première série sur l'adolescence, intitulée (un été). Alors que d'autres photographes auraient eu du mal à s'intégrer au monde des ados, elle a su capter de très belles images de ce « moment précieux entre innocence et maturité, où transparaissent, derrière des attitudes parfois théâtrales, des personnalités encore fragiles ». Il faut dire qu'elle-même avait adoré ses vacances en colo, vécues comme « une parenthèse dans le reste de [sa] vie ».

Aujourd'hui, Marion Poussier cumule les projets d'expo, de livres et de reportages. « Mais je préfère garder la tête sur les épaules. J'aimerais aussi pouvoir me libérer du temps pour réfléchir à de nouvelles idées. » Peut-être en Bretagne, près de l'Océan, se tâte cette Rennaise. Et surtout auprès de sa famille, dont elle conserve des photos glissées dans son passeport. Avant d'intégrer l'école Louis-Lumière à Paris, elle était inscrite en fac de bio. « Pour comprendre le fonctionnement du corps humain et être proche de la nature. » C'est finalement le métier de photographe qu'elle a choisi. Et quelque chose nous dit qu'elle a eu bien raison.

Jeanne Dréan

Les photos sur www.picturetank.com

Yann Le Goff, directeur de la photographie de Regards et de L'Humanité « Nous sommes, face à ses images, spectateurs d'un théâtre de mimiques dont les effleurements sont les tâtonnements de la vie. Cette évanescence de moments tendres et mélancoliques évoque à la fois le reflet de nos sociétés et le miroir de nos souvenirs d'enfance. » Caroline Cochaux, directrice de l'action culturelle à la Fnac «J'ai eu un coup de foudre pour l'artiste et pour la jeune femme, mûre et en même temps à peine sortie de l'adolescence. C'était la personne toute trouvée pour ce travail. Personne n'avait montré les ados avec une telle finesse. »