L'exceptionnelle carrière de Bernadette Lafont, actrice «bandante» et féministe

PORTRAIT Retour sur la carrière cinématographique de Bernadette Lafont, décédée jeudi...

Alice Coffin

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Bernadette Lafont dans "Les Godelureaux" de Claude Chabrol
Bernadette Lafont dans "Les Godelureaux" de Claude Chabrol — Sipa

Bernadette Lafont est décédée le jeudi 25 juillet après avoir été hospitalisée le 22 juillet dans un hôpital de Nîmes (Gard). La comédienne avait fait un malaise et avait été pris en charge par le Samu.

Egrener les films qui ont fait la carrière de Bernadette Lafont, c’est d’abord évoquer toutes celles et tous ceux qui ont fait la Nouvelle Vague. A commencer par Claude Chabrol dont le film Le Beau Serge avec Bernadette Lafont, Gérard Blain qu’elle épousera, et  Jean-Claude Brialy, est perçu comme un des actes fondateurs de cette période dorée du cinéma français:

Suivront La fiancée du pirate de Nelly Kaplan en 1969. Féministe, critique à l’égard de la religion catholique, prônant la liberté sexuelle, La fiancée du pirate raconte la vengeance d’une femme, Marie, confrontée à la bêtise crasse des hommes. «Le film va renverser de nombreux tabous et créer la controverse avec un personnage féminin renversant les normes sociales et sexuelles», écrit la chercheuse Brigitte Rollet qui a étudié la réception du film.

«La plus bandante des actrices françaises»

Bernadette Lafont poursuit sa carrière avec François Truffaut. Pour le réalisateur, elle est «la plus bandante des actrices françaises». Elle explique dans ces images d’archives sa relation avec Truffaut et comment elle a été amenée à jouer dans Une belle fille comme moi:

Et puis en 1973, vint La maman et la putain de Jean Eustache avec Jean-Pierre Léaud. Film adulé, film relatant une époque, La maman et la putain fait entrer Bernadette Lafont dans la légende du cinéma français:

Elle avait signé le Manifeste des 343 salopes

Autant de rôles, mais aussi une personnalité qui font dire à Benoîte Groult dans Ainsi Soit Elle que Bernadette Lafont comme Delphine Seyrig est à classer parmi les actrices qui comptèrent pour le mouvement féministe.

Comme Catherine Deneuve, Agnès Varda, Delphine Seyrig donc, Bernadette Lafont avait signé en 1971 Le Manifeste des 343 femmes déclarant volontairement avoir avorté afin d’accélérer la légalisation de l’IVG en France.

Le décès tragique de sa fille Pauline


Après Gérard Blain, Bernadette Lafont se remariera avec Diourka Medveczky, sculpeteur et réalisateur hongrois. Ils auront trois enfants, Elisabeth, David et Pauline. Pauline Lafont, comédienne comme sa mère, est morte en 1988 dans des circonstances tragiques. Victime d’une chute lors d’une randonnée, son corps ne fut retrouvé que trois mois après sa disparition.

Deux César

Dans les années 80, elle tourne plusieurs films avec Jean-Pierre Mocky, comme La saison des plaisirs. Mais aussi avec Charlotte Gainsbourg dans L’effrontée de Claude Miller, film pour lequel elle recevra le César du meilleur second rôle féminin

En 2003, elle recevra un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

Son dernier film Paulette, avait eu un certain succès. Elle aurait dû figurer au générique des Vacances du Petit Nicolas dont la sortie était prévue en juillet 2014.

Sa voix si caractéristique, son sourire tout en ironie mordante et malice ont aussi illuminé de nombreux téléfilms et pièces de théâtre comme "Désiré de Guitry" ou  Les Monologues du Vagin d’Eve Ensler.