Yann Arthus Bertrand: «Ne pas numéroter mes photos est une démarche artistique»

PHOTO – Le célèbre photographe aérien ouvre une galerie-atelier à Paris où il expose et vend ses tirages tout en montrant son travail d’atelier…

Benjamin Chapon

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Yann Arthus Bertrand le 19 février 2013

Yann Arthus Bertrand le 19 février 2013 — PRM/SIPA

Alors que la peinture blanche des murs de sa galerie est à peine sèche, à quelques heures de son inauguration, Yann Arthus-Bertrand arrive directement du Brésil. Casque de moto en main, il inspecte l’espace comme un tourbillon. «Il faut plus de photos là et là, et mettez des tirages en vrac, là, sur la table. J’aime quand c’est bien plein, bien rempli.»

Le photographe expose ses tirages les plus récents, très graphiques pris en Egypte ou d’impressionnantes vues de la grande perspective entre l’arche de la Défense et le Louvre, à Paris. Il expose aussi des photos du Kenya, où il a débuté.

Clichés et coulisses

Photographe star et engagé en faveur de l’écologie, Yann Arthus-Bertrand est un voyageur. La semaine dernière, il a pourtant ouvert sa première galerie parisienne qui est aussi un atelier où les visiteurs pourront assister à des tirages de photos et voir les coulisses d’organisation d’expositions.

Pourquoi vouliez-vous ouvrir cette galerie?
Parce que jamais une galerie ne m’a invité. Et puis j’ai toujours eu envie d’avoir ma galerie, c’est un trip de photographe.

En quoi consiste la partie «atelier»?
Je voulais de la convivialité dans ce lieu. Les gens peuvent voir comment on travaille pour monter les expos, les livres. Je crois que ça humanise mon travail.

C’est aussi un espace de vente…
Bien sûr, c’est fait aussi pour que les gens achètent mes photos. La photo va mal en ce moment, vous savez. Mais je fais en sorte que mes photos restent à un prix correct. Le grand tirage est à 2.500 euros par exemple.

Ce n’est pas très cher par rapport à votre notoriété…
Je peux me permettre de pratiquer ces prix parce que je ne numérote pas mes tirages, c’est un principe. Je préfère en vendre 1.000 à 2.500 euros que 100 numérotées à 25.000. Ce ne sont pas uniquement des œuvres d’art. Je suis un journaliste, un témoin. J’en ai la conviction.

Pourquoi avoir ouvert cette galerie à Paris et non pas à New York ou Londres?
Paris, c’est chez moi, j’avais envie d’être là, ça avait du sens.

Et pourquoi rue de Seine, où il y a déjà beaucoup de galeries d’art?
Je suis académicien et l’Académie française est juste à côté, c’est pratique. Et j’ai un bureau rue Vivienne, pas très loin de l’autre côté de la Seine.

Vous fréquentez vous-même les galeries photo?
J’ai acheté beaucoup de photos mais je ne suis pas un collectionneur au sens où l’entend le marché de l’art spéculatif. J’achète des photos pour les mettre aux murs.

Comme les vôtres ne sont pas numérotées, certains appellent ça des posters…
Ce ne sont pas des posters! Ces photos sont tirées avec amour et savoir-faire, et je les signe toutes. Le fait de ne pas numéroter est une démarche artistique.

En quoi?
Parce que ça me permet d’être vu par le plus grand nombre. J’ai fait 160 expos gratuites dans le monde, on estime que 200 millions de personnes ont vu ces expos. Ça me rend fier.

Mais une galerie comme celle-là est au contraire un lieu intime.
Tout ça se complète. C’est du partage et c’est bien dans ma démarche. Je sens que ça me ressemble.

Oui mais en ce moment, votre expo à Belo Horizonte fait près d’un kilomètre de long…
Oui, c’est incroyable, je hurlais de joie en découvrant l’expo. C’est une surprise permanente, inouïe de voir le succès de mes photos. Ça m’étonne toujours. Et je suis toujours aussi excité. Quand je revois mes photos je n’en reviens toujours pas de tout ce que j’ai vu dans le monde. C’est fou ce que j’ai vu…

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