Le Goncourt bienveillant avec Littell

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"Les Bienveillantes", premier roman de Jonathan Littell, fils du journaliste et écrivain Robert Littell, né en 1967 et édité chez Gallimard, est le premier ouvrage sélectionné pour le Prix Médicis du roman qui sera décerné le 30 octobre prochain
"Les Bienveillantes", premier roman de Jonathan Littell, fils du journaliste et écrivain Robert Littell, né en 1967 et édité chez Gallimard, est le premier ouvrage sélectionné pour le Prix Médicis du roman qui sera décerné le 30 octobre prochain — C. Helie AFP/Gallimard

Il l'a eu mais n'est pas venu : Jonathan Littell a reçu hier le prix Goncourt pour Les Bienveillantes (Gallimard), dès le premier tour des délibérations. Sept jurés ont d'emblée voté pour lui. Selon Edmonde Charles-Roux, Robert Sabatier aurait voté pour Michel Schneider, Michel Tournier pour Stéphane Audeguy – pourtant éliminé lors d'une sélection précédente – et Daniel Boulanger... pour Elie Wiesel ! Un hommage à un autre grand écrivain de la Shoah, alors que le roman de Littell a suscité la polémique, accusé de jouer sur la fascination de l'horreur.

Antoine Gallimard, patron de la maison d'édition éponyme, a lu une courte lettre de Littell, resté à Barcelone, qui s'excusait de ne pas être présent. Il y expliquait être très sensible à l'honneur que le Goncourt lui faisait. « Ma position de retrait fait partie de mon idée et de mon sentiment de la littérature », a-t-il précisé. Son éditeur est confiant : le Goncourt devrait permettre au livre d'atteindre les 500 000 exemplaires, un score historique pour un Goncourt décerné à un premier roman. « Ce qui se passe en ce moment est unique, commente Didier Decoin, secrétaire général du prix. Ce garçon, jeune, en 2006, considère que le dossier de la Shoah n'est pas clos et son livre intéresse déjà plus de 200 000 lecteurs en France. C'est beau ! »

Côté Renaudot, le choix a été plus laborieux : dix tours ont été nécessaires pour départager Alain Mabanckou et Michel Schneider, ex aequo avec cinq voix chacun. Mais au dixième tour, la voix du président du prix compte double. Jean-Marie Le Clézio, président pour cette année, a donc fait la différence et permis à l'auteur de Mémoires de porc-épic (Seuil) de l'emporter. Aux journalistes qui lui demandaient ce que cela signifiait d'entrer dans ce restaurant symbolique, le romancier a répondu en riant : « Ce n'est pas la première fois que je viens au Drouant, j'y déjeune en tant que juré du Prix RFO, alors je connais un peu ! »

Karine Papillaud