Les Vieilles Charrues déficitaires: Pourquoi les festivals d’été souffrent?

Benjamin Chapon

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Concert de -M- au festival des Vieilles Charrues le 19 juillet 2013
Concert de -M- au festival des Vieilles Charrues le 19 juillet 2013 — SOUVANT GUILLAUME/SIPA

Pour la première fois de leur histoire, les Vieilles Charrues ont été déficitaires lors de l’édition 2013 qui s’est close dimanche soir. L’an dernier déjà, le festival breton voyait, pour la première fois en vingt et-un ans d’une existence radieuse, sa fréquentation reculer.

Avec 208.000 spectateurs, contre 244.000 en 2012, les Vieilles Charrues restent, et de loin, le plus important festival musical de France. Il aura manqué 10.000 entrées payantes pour que le festival soit à l'équilibre financier.

Elton John en 2014

Jean-Luc Martin, président des Vieilles Charrues, reste optimiste et a annoncé les dates de l’édition 2014 qui se tiendra du 17 au 20 juillet. Et Elton John, qui a annulé sa venue cette année quelques jours avant le festival, en sera. La star anglaise l’a promis.

Remplacé au pied levé par Patrick Bruel, Elton John était la tête d’affiche des Vieilles Charrues. Ce genre de gros coup est devenu indispensable aux succès des festivals.

Les têtes d’affiche aux pieds d’argile

Les Eurockéennes de Belfort ont ainsi battu leur record de fréquentation en grande partie grâce au concert, unique en France cet été, de Blur. Le festival avait par ailleurs refait le pari de s’étirer sur quatre jours.

Problème, les têtes d’affiche coûtent cher. Même complète, la soirée avec Blur ne pouvait pas être rentable. Mais elle a permis d’attirer des spectateurs sur les autres dates des Eurockéennes.

Les villes favorisent les micro-festivals

Pour autant, la fréquentation ne fait pas tout. Les subventions publiques aux festivals chutent depuis cinq ans maintenant. Outre la rigueur économique et une maîtrise des dépenses, un directeur de festival pointe le phénomène des micro-festivals, ces événements d’un jour ou deux, souvent accolés à une fête foraine et un feu d’artifice: «Des producteurs de spectacles ou des tourneurs arrivent dans les villes avec ces événements clés en main, avec deux têtes d’affiche bien populaires. Rien à faire, juste un chèque, et en plus, le festival prend le nom de la ville.»

Ces «festivals» servent admirablement, et à moindre coût, le besoin de communication des villes. «De plus en plus de villes préfèrent financer un concert unique de Nolwenn Leroy dans un parc des expositions plutôt qu’un vrai festival», se plaint un tourneur.

Des partenaires de plus en plus exigeants

Les sponsors également ont baissé leur budget et sont devenus plus exigeants avec les festivals dont ils sont partenaires. De nombreux festivaliers des Vieilles Charrues s’étonnaient de la place de plus en plus importante prise par les affiches publicitaires sur le site. Aux Francofolies, chaque soirée est sponsorisée par une banque ou une marque.

Ces marques réclament aux festivals de nombreuses entrées gratuites pour leurs clients. Aucun festival n’admettra que ces exigences de leurs partenaires puissent mettre en péril leur économie. Dans un souci de transparence, les Vieilles Charrue ont précisé que sur les 208.000 entrées de cette année, seules 160.000 étaient payantes.