«Nelson Mandela appréciait beaucoup Whitney Houston»

INTERVIEW Tony Hollingsworth, producteur du gigantesque concert de soutien à Nelson Mandela, se rappelle de l'événement du 11 juin 1988 qui a fait du futur chef d'Etat un symbole à travers le monde...

Joel Metreau

— 

La chanteuse Whitney Houston, lors du Nelson Mandela 70th Birthday Tribute, concert au stade de Wembley à Londres, le 11 juin 1988.
La chanteuse Whitney Houston, lors du Nelson Mandela 70th Birthday Tribute, concert au stade de Wembley à Londres, le 11 juin 1988. — Andre Csillag / Rex Fea/REX/SIPA

Un événement culturel et pop qui a fait de Nelson Mandela un symbole. Dans les années 1980, à l'initiative du producteur Tony Hollingsworth, le 11 juin 1988, un gigantesque concert réunissant une soixantaine de stars s'est tenu au Stade de Wembley, à Londres. Objectif: célébrer les 70 ans de Mandela, alors détenu. D'une durée de onze heures, retransmis dans 67 pays, le concert-anniversaire a été vu par 600 millions de personnes. A 57 ans, le britannique Tony Hollingsworth se souvient...

Pourquoi ce concert géant?

J’étais conscient de la nature maléfique et raciste du régime de l’apartheid. Mais nous avions besoin de créer une campagne positive et chaleureuse. Plus de la moitié des médias évoquaient Mandela comme un «leader terroriste noir». Les médias sont organisés en différentes rubriques: sport, société, international... Nous voulions nous adresser aux journalistes de l’entertainment avec ce concert. Un concert qui soit un hommage à un homme et non un événement politique. Il fallait que les audiences soient si élevées que les politiques à travers le monde se sentent obligés de suivre le public.

Quels ont été vos meilleurs souvenirs?

Tracy Chapman chantant Talkin' 'Bout a Revolution… Stevie Wonder, apparu par surprise sur scène en chantant I just called to say I love you. Le plus beau moment m'a été offert par Mark Knopfler, leader des Dire Straits. Il a été le premier à me donner un engagement clair pour le concert. Avant de chanter Brothers in arms, il a fait un petit discours qui s’est achevé par ces quatre mots: «One humanity, one justice» («Une humanité, une justice»). C’était tout ce pour quoi Nelson Mandela s’était battu.

Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré. Vous l'avez rencontré?

Quatorze mois après le concert, il m'a envoyé son avocat Ismail Ayob à Londres pour me demander si je pouvais organiser un second événement à sa libération. Car pour Mandela, sa libération ne voulait pas dire la fin de l'apartheid. Des élections devaient se tenir dans quatre ans. Je ne l’ai rencontré que le jour du concert, dans mon rôle de producteur pour lui demander s’il était prêt à monter sur scène.

Ce deuxième concert a eu lieu à Wembley le 16 avril 1990...

Les mesures de sécurité étaient très fortes autour de lui, on avait peur qu’il soit la cible d'un tireur. En haut du stade, il y avait une seule pièce avec accès unique. Je devais aller le chercher. Et je lui ai demandé, comme je le fais à tous les artistes: «Vous voulez aller aux toilettes?». Non. En haut des escaliers, je sens quelqu’un me tenir l’épaule. Il voulait finalement y aller. Donc on y va. Mais les forces de sécurité nous avaient oubliés, avaient emmené son entourage sur scène et fermé la porte à clé derrière eux! Finalement on est ressortis en passant par des espaces non sécurisés.

Avez-vous eu des appréhensions avant de le rencontrer?

Pour le premier concert,  comme il était en prison depuis des années, personne ne savait à quoi il ressemblait ni comment il s'exprimait. On était en train de bâtir une personnalité, on espérait qu’il soit fidèle aux valeurs qu’il portait avant d’aller en prison. Quand il est sorti, on a bien vu que c’était le même homme. Il n'éprouvait ni haine ni rancœur.

Qu'avait-il pensé de ce premier concert?

Il était conscient que l'audience mondiale a changé la manière dont il était perçu. Il a aussi compris que les artistes ne mènent pas le monde. Les artistes se tiennent juste sur la scène. Ils ne la font pas. Ce sont les médias.

Parmi les artistes, y en a-t-il un qu'il appréciait?

Beaucoup lui ont parlé après sa libération, certains qui ne l'avaient jamais aidé alors qu’il était en prison. Mais il appréciait beaucoup la musique de la chanteuse Whitney Houston qui l’a soutenu dès le premier concert et qu'il a rencontrée par la suite.

Un reportage du 19/20 de France 3 datant du 11 juin 1988: