Schizophrénie épatante

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Des bruits de chaîne, des cris, un sifflement de train. La salle du Théâtre Edouard VII reste dans l’obscurité pendant quelques minutes avant que ne débute Le Vieux Juif Blonde, pièce au succès que l’on connait, reprise avec la comédienne Fanny Valette, nominée au César du meilleur jeune espoir 2006 et succédant à Mélanie Thierry.

Une jeune femme, Sophie, apparaît sur scène, dévêtue, dans un faible rai de lumière : « J’ai 77 ans, nous dit-elle, je suis né en 1931. (…) Je m’appelle Joseph Rosenblath. » Enfilant un imper, elle explique : « En 1940, un programme d’échange m’a permis de visiter la Pologne en train. Malheureusement, il n’y avait pas de fenêtres… » Entre légèreté, humour et gravité historique, la jeune femme dévoile la cruauté de la déportation avec un cynisme hors du commun : «Aujourd’hui, les jeunes font Erasmus, nous c’était Auschwitz. » Une telle incarnation étonne. Seule sur scène, la jeune actrice nous fait passer du rire aux larmes avec une justesse de jeu exceptionnelle au regard de son peu d’expérience théâtrale.

Rapidement, un autre aspect de la pièce se dévoile : le caractère inhumain de la déportation révèle une cruauté plus masquée, plus atemporelle. Celle d’une mère qui, à l’instar des nazis, reproche à sa fille son identité. Comment exister aux yeux de ses parents quand ces derniers sont obnubilés par la perte d’un autre de leurs enfants ? On interroge ici le problème identitaire. En un mot, le lien qui unit Sophie à Joseph.

Le déchirement intérieur du personnage est valorisé par une mise en scène riche de sens. Alors que la jeune femme multiplie les interprétations de personnages, que des bruits de violons l’agacent de plus en plus, la confusion s’installe. Le sens s’échappe momentanément dans les méandres de son inconscient. Méandres figurés astucieusement par de grands panneaux blancs encastrés les uns dans les autres. Faisant face à un miroir recouvert d’un voile, le personnage se dévoile progressivement. Le découvrira-t-il ? Parviendra-t-il à prendre conscience de sa véritable identité ? En résolvant ces questions, Le Vieux Juif blonde nous offre un moment de théâtre privilégié.

Caroline Sainsard

Une pièce d'Amanda STHERS, mise en scène Bernard MURAT, avec Fanny Valette.
Décor Nicolas SIRE, lumières Laurent CASTAINGT, illustration sonore Francine FERRER, costumes Emmanuelle YOUCHNOVSKI.
Adresse : Théâtre Edouard VII
10 place Edouard VII - 75009 Paris.
Du mardi au Samedi, 19h.