"Je braque le projecteur sur une réalité qui dérange"

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Interview de Thierry Jonquet, auteur de Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte (Seuil).

Votre roman parle d’émeutes en banlieue, d’un meurtre antisémite. Pourtant, il a été écrit avant les violences d’octobre 2005 et la mort d’Ilan Halimi en février 2006.

J’ai commencé à écrire en septembre 2005 en ayant en tête les thèmes de la banlieue et de la montée de l’antisémitisme. Je ne pensais pas que j’allais autant coller à la réalité quand les émeutes ont éclaté, et surtout quand Ilan Halimi a été tué. J’étais alors à trente pages de la fin et j’avais déjà imaginé un meurtre antisémite par des jeunes d’une cité. Ça m’a fait très bizarre sur le coup.

Ce roman est-il un cri de colère ?

Mon roman est le constat d’une certaine situation française. Voilà trente ans qu’on laisse les banlieues pourrir sur pied. On y a laissé s’installer le chômage de masse, on a été incapable d’intégrer plusieurs générations d’immigrés. L’islamisme radical existe aussi, on ne peut le nier. J’écris des romans noirs qui braquent le projecteur sur une réalité qui dérange.

Quel regard portez-vous sur les émeutes de l’an dernier ?

Je ne suis pas tendre à l’égard des émeutiers. Leur violence était gratuite, stupide. C’est une explosion de rage impuissante, pas une révolte populaire. Le titre de mon livre est tiré d’un poème de Victor Hugo écrit après la Commune de 1870. Il s’adresse aux bourgeois et leur dit : les Communards sont « votre épouvante et vous êtes leur crainte ». S’ils se sont révoltés, c’est parce que vous, bourgeois, ne leur avez pas donné « leur part de la cité ». Aujourd’hui, c’est une façon de dire que le problème des banlieues est celui de tous. Si la société ne fait pas cet effort, la colère ne pourra que monter davantage.

Recueilli par Bastien Bonnefous

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