Manga: Gwenaël Jacquet explique l'Ero-Guro

LIVRES Ce genre qui combine scènes érotiques et macabres est un phénomène bien ancré au Japon...

Propos recueillis par Olivier Mimran

— 

DR - Hokusai

Gwenaël Jacquet, chroniqueur spécialisé manga, apporte son éclairage sur une catégorie de manga méconnue: l'ero-guro.

>> lire l'article consacré à l'Ero-guro <<

L’Ero-guro manga est souvent considéré comme «malsain». À tort?

Il n’est pas malsain en soi, mais dérangeant car il ne répond pas aux canons habituels d’une histoire tout public. Ça perturbe surtout les lecteurs qui aiment se projeter dans un monde codifié. Du coup, il est logique que les critiques et les garants des bonnes mœurs n’apprécient pas ce genre de «déviances».

Le genre rencontre-t-il du succès, au Japon et en France?

L'Ero-guro reste forcément marginal, car il répond à une demande bien spécifique d’un public restreint. Cependant, comme dans tout art annexe, l’Ero-guro a un public assez fidèle qui apprécie le côté limité de sa diffusion. Si ce style devait devenir populaire, il perdrait son côté irrévérencieux et décalé. Ce ne serait plus de l’Ero-guro, juste un manga un peu horrifique comme il en existe des centaines.

Quand est-il apparu?

Même s’il est récent en manga (une quarantaine d’années), ce genre remonte assez loin dans la tradition artistique japonaise: l’estampe érotique bien connue de Hokusai, «le rêve de la femme du pécheur», peut s'en réclamer. En littérature, ce genre a surtout été popularisé avec le fait divers «Sada Abe», du nom de cette femme ayant tué son amant en l’asphyxiant et en l’émasculant en 1936. Les œuvres dérivées de son histoire et sa propre biographie dans les années 60 ont développé un genre à part entier qui a été un terrain propice au développement de l’Ero-guro.

Sait-on quel est son public?

Ni des fous, ni des marginaux! Juste des lecteurs en quête d’une bande dessinée différente, plus sordide et moins répétitive que le sempiternel combat du bien contre le mal. Grâce à ce genre de littérature, il est possible d’évacuer le stress en pénétrant dans un monde absurde et surréaliste. De plus, cet univers amène souvent une réflexion sur la société et la place de l’humain dans celle-ci -même si le sexe et l’humour absurde dominent l’œuvre. Ses plus grands fans sont souvent des intellectuels, des gens ouverts d’esprit et ayant un grand besoin d’évasion... en tout cas, pas des lecteurs de manga grand public.