Christophe Maé: «Personne ne me dit qu'il faut que j'aseptise mon son»

Benjamin Chapon

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Christophe Maé en concert au théâtre de Paris en mai 2013
Christophe Maé en concert au théâtre de Paris en mai 2013 — CHAUVEAU/SIPA

C'est le prototype du mec sympa, qui tutoie, tape dans le dos, met à l'aise avec un accent du sud et un sourire sincères. Christophe Maé est une énorme star qui a écoulé ses deux premiers albums à des centaines de milliers d'exemplaires, qui fait 200 dates combles à chaque tournée et connaît une popularité exceptionnelle. On a beau moquer sa voix ou ses facilités mélodiques, lui s'en moque, il s'éclate. Pour son troisième album, il est allé chercher l'inspiration en Louisiane.

D’où vient le son Nouvelle-Orléans de cet album?

Il y a un an et demi, j’étais à la maison, je commençais à composer. Mais ça ne venait pas. J’ai fait un premier texte «Ma douleur , ma peine». Le sujet de la chanson, c’est la page blanche devant laquelle il n’y a que des idées nazes qui me viennent. J’ai écrit sur cette angoisse.

Et du coup, ça vous a mis le blues et vous avez pensé à la Nouvelle-Orléans ?

Non. Je suis resté bloqué, sans inspiration. Alors j’ai pris ma petite famille, et on est parti, on a fait la route du blues. Et en arrivant en Louisiane, j’ai eu un coup de cœur pour la Nouvelle Orléans.

Et ça vous a inspiré…

On est rentré et je suis reparti quatre jours après avec mes potes musiciens. On a traîné dans les clubs de jazz, à «boeufer» avec les mecs de là-bas. Ça m’a débloqué.

A l’origine, vous faisiez ce voyage pour chercher l’inspiration ou pour des vacances?

Bien sûr, je voulais me nourrir de la tradition musicale, je ne suis pas allé aux Seychelles. Pour le premier album, j’étais parti en Jamaïque, pour le deuxième, j’étais allé en Afrique.

Et pour le prochain vous irez au Pérou?

Ah, je ne pense pas. Mes influences, elles sont caribéennes, africaines. Et à la Nouvelle Orléans, il y a tout ce mélange dans la musique cajun.

Comment faites-vous pour faire de la chanson française à votre sauce à partir de ces musiques?

Ça se fait assez naturellement. Quand je compose, il y a toujours un truc un peu africain qui me vient. Allez savoir pourquoi… Même moi je ne le sais pas. Pop, rock… J’écoute de tout, mais quand je prends une guitare, que je chante en yaourt, ça va par là, vers ces couleurs ensoleillées. J’aime le côté positif dans les chansons.

Mais bon, le blues, c’est quand même une musique triste.

Oui, c’est vrai. Dans la chanson «Ma jolie», j’ai le manque du pays et le blues colle à ça. Et dans la chanson «Charlie», je parle de cette petite fille que j’ai vu grandir et qui est partie à 4 ans d’une tumeur au cerveau. C’est triste aussi.

Pourquoi n’avez-vous pas enregistré l’album en Louisiane?

Je suis mieux avec mes repères, mes équipes. Je n’ai pas ce fantasme-là d’enregistrer là-bas.

Vous préférez la Corse?

Pour vivre, oui. Mais si j’avais 18 ans aujourd’hui, je partirai vivre à la Nouvelle-Orléans tout de suite, sans réfléchir. Tout le monde chante, danse, là-bas. Il y a un côté très délirant, une oasis d’artistes.

Ce n’est plus possible aujourd’hui?

Malheureusement, c’est plus compliqué. Déjà que je suis pas mal absent, j’ai ma petite famille. J’ai envie d’être là. Et puis, j’ai hâte de retrouver les gens sur scène.

Qui sont vos fans?

Des familles entières, je crois. Des enfants avec leurs parents, la grand-mère…

Comment expliquez-vous ça?

Je ne sais pas. J’ai eu la chance d’être pas mal médiatisé à mon premier album.

Vous êtes à l’aise avec votre popularité?

Le succès appelle beaucoup de détracteurs. C’est normal. L’artistique, c’est subjectif.

Vous êtes sans doute le chanteur le moins branché de France, un peu comme Marc Levy en littérature.

Je ne me pose pas ces questions là. Je m’en fous. Tu ne choisis pas le public que tu attires. Ce sont les gens qui te choisissent. J’espère que je continuerai à attirer un large public.

Que change le succès au niveau de la manière de faire de la musique ?

Rien. Je fais la musique qui me plaît. Personne ne me dit qu’il faut que j’aseptise mon son pour que ça passe en radio. Je crois que je le fais naturellement, à ma façon.

Auriez-vous continué à faire de la musique sans le succès?

Je suis parti de chez mes parents à 18 ans. Je suis arrivé à Paris, je n’avais pas un rond et je squattais une chambre de bonne. Ce qui m’éclatait, c’était de marquer « artiste musicien» sur les papiers à la banque. Même si on ne m’accordait pas mon prêt, que c’était la misère, j’étais musicien.

Vous avez évolué en tant que musicien, en tant que chanteur?

Je deviens de plus en plus perfectionniste. Je sais exactement comment je veux que ma voix sonne. Mais je ne prends toujours pas de cours de chant. Je chante plus en retenue, pour faire passer des émotions sans forcément gueuler.

Vous chantez une chanson de Serge Lama sur l’album. Une carrière comme la sienne, ça vous tente?

Je rêve de fêter mes 50 ans de carrière à l’Olympia, comme lui. Qu’est-ce que tu veux de plus?

Vous n’envisagez pas d’arrêter jeune?

Je ne sais pas ce que je vais devenir mais j’ai l’envie de durer.