Biennale de Venise: L'art au service de la diplomatie et du tourisme?

Benjamin Chapon

— 

Joana  Vasconcelos
Joana  Vasconcelos
L'installation de Joana Vasconcelos dans un vaporetto, pour le pavillon prtugais à la Biennale de Venise 2013.
Joana Vasconcelos Joana Vasconcelos L'installation de Joana Vasconcelos dans un vaporetto, pour le pavillon prtugais à la Biennale de Venise 2013. — B. Chapon / 20 Minutes

«Dans les musées, les stars, ce sont les tableaux. Dans les foires, les stars ce sont les galeristes et les collectionneurs. Et à la Biennale, les stars, ce sont les pays. Jamais les artistes.» Jasper Sharp, commissaire du pavillon autrichien, reconnaît que la compétition internationale prend parfois le pas sur l’intérêt artistique de la manifestation.

Dimanche, alors que l’Angola vient de remporter le Lion d’or de la 55e Biennale de Venise, des centaines de personnes se précipitaient au Palazzo Cini, pour voir l’installation d’Edson Ghagas. Deux jours auparavant, ce discret et vétuste Palazzo, situé à deux pas de la collection Peggy Guggenheim, était désert. Paula Nascimento, du ministère de la Culture de l’Angola, estimait alors les chances de Lion d’or de son pavillon «à moins de 1%, mais peu importe. On est là pour exposer le travail d’un artiste intègre, qui ne présente pas une carte postale de l’Angola mais pose, à sa façon, un regard sur les problèmes des habitants de Luanda, et des citadins du monde entier: vivre ensemble avec nos encombrantes valises pleines de cultures et d’habitudes différentes.» Pas sûr que cette œuvre difficile, sombre, n’attire des touristes en Angola.

«Vous plaisantez, n’est-ce pas?»

Anri Sala, artiste représentant la France, prenait lui comme une insulte la question de savoir si la compétition lui importait. «La proposition artistique importe.» Pas même pour relever le moral des Français, émoussé après la cuisante défaite d’Amandine Bourgeois à l’Eurovision? «Vous plaisantez n’est-ce pas?»

On ne plaisante pas avec l’art. Parmi les pavillons qui assument l’impact touristique d’une présence à Venise, le Portugal a su allier propos artistique fort et vitrine du pays. L’artiste Joana Vasconcelos a ainsi investi un «vaporetto» lisboète qui faisait la navette sur la lagune de Venise. La coque du bateau, couvert d’un dessin, façon azulejos, de Lisbonne, et son ponton recouvert de liège portugais (une des fiertés agricoles nationales) se chargeaient de promouvoir le pays alors que l’artiste présentait son œuvre dans les entrailles du bateau: une vision fantasmagorique des fonds marins toute de tissus, paillettes et diodes lumineuses.

Dernière carte postale avant disparition

D’autres pavillons portent un discours qui dépasse la simple propagande touristique. C’est le cas des Maldives, qui disposaient pour la première fois d’un pavillon: une maison délabrée promise à la destruction. Les artistes invités y ont développé des œuvres sur la notion de «nation portable». Promises à la disparition par la montée du niveau des océans, les Maldives envisagent un déménagement de leur population.

Une vidéo de glaçon qui fond en accéléré, une autre des glaciers des Alpes, dont la fonte entraîne la disparition des Maldives selon une inexorable loi de Murphy. Eux aussi menacés par la montée des eaux, les premiers visiteurs vénitiens semblaient apprécier le message, dimanche. Sauf Linda, qui travaille à l’office du tourisme de Venise. «Les Maldives m’évoquent de superbes plages, pas un message alarmiste et désolant. Je préférerais des œuvres qui magnifient les paysages des Maldives.» Une jolie carte postale en somme.