MuCEM: Le Musée des civilisations méditerranéennes ouvre ses portes à Marseille

Benjamin Chapon

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Visite du MUCEM avant l'inauguration en présence du président de la république François Hollande et l'ouverture au public le 7 juin prochain avec l'exposition «Au Bazar du genre, Féminin-Masculin en Méditerranée», le 3 juin 2013.
Visite du MUCEM avant l'inauguration en présence du président de la république François Hollande et l'ouverture au public le 7 juin prochain avec l'exposition «Au Bazar du genre, Féminin-Masculin en Méditerranée», le 3 juin 2013. — P. MAGNIEN / 20 MINUTES

 «Les gens vont enfin savoir ce que je voulais dire quand je parlais d’un musée de civilisations du XXIème siècle.» Bruno Suzarelli, président du MuCEM (Musée des civilisations méditerranéennes) de Marseille est impatient d’accueillir le président de la République, mardi, puis le public, à partir de vendredi. Mais le public pourrait ressortir avec autant, sinon plus, d’interrogations qu’en y rentrant tant les expos du MuCEM bousculent les habitudes de visite de musée.

«On n’est pas là juste pour passer le temps»

Le premier niveau du sublime bâtiment imaginé par Rudy Ricciotti est occupé par les espaces d’accueil et de médiation et la «Galerie de la Méditerranée. Zeev Gourarier a conçu un parcours qui mêle pièces archéologiques, peintures, sculptures, objets du quotidien, vidéos didactiques et œuvres d’art contemporain. «Il y a quatre moments dans ce parcours, mais l’un mène à l’autre, explique le directeur scientifique du MuCEM. L’invention de l’agriculture conduit à celle de la religion monothéique, parce que lorsqu’on domestique la nature, qu’on la domine, qu’on ne la divinise plus, on a besoin de créer une entité au-dessus de nous qui nous domine à nouveau.»

Le visiteur pourrait être déboussolé dans ses espaces ouverts, sans murs, où sont juxtaposées des pièces de nature radicalement différente. Pour illustrer l’invention de la démocratie, Valérie Ranson-Enguiale fait ainsi voisiner une version d’époque de la déclaration universelle des droits de l’Homme et une guillotine encore en service en 1981, «pour illustrer la question de la violence légale.» Des pièces archéologiques datant de la démocratie grecque sontpresentée en regard de l’œuvre d’une vidéaste contemporaine.

«On regarde avec ses yeux, avant de voir avec sa raison»

«Nous sommes un musée moderne, ouvert sur le monde contemporain en bouleversement perpétuel, explique Bruno Suzarelli.Nous interrogeons le visiteur. Même si nous lui proposons un regard, nous le laissons libre de ses émotions.» Pour Thierry Fabre, commissaire de l’exposition temporaire «Le Noir et le Bleu. Un rêve méditerranéen», «on regarde avec ses yeux, ses sens, avant de voir avec sa raison. Et moi, je suis aussi ému par des photos d’archives que par une sculpture de Maillol ou une toile de Miro.»

«Le Noir et le Bleu», l’une des deux expositions temporaires qu’accueille le second niveau du musée, présente l’histoire des relations entre occident et pays du sud du bassin méditerranéen depuis l’expédition de Napoléon en Egypte jusqu’aux révolutions arabes de 2011. L’autre exposition temporaire, «Le bazar du genre» pose la question de la place du genre dans les pays méditerranéen, de la place des femmes à celles des homosexuels, en passant par l’acceptation des personnes transgenres dans ces sociétés.

La réussite du MuCEM passera par la capacité du public à se débattre avec ces propositions muséales audacieuses, à accepter d’être un peu perdu et de retrouver seul le chemin. Car à la sortie du musée, par son sommet, on est récompensé par une vue magique sur vieux-port de Marseille et sur le large. Sur une Méditerranée, source d’interrogations infinies.