Jenifer: «On n’a que nos choix pour exister»

Benjamin Chapon, vidéo Jonathan Duron

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Jenifer le 23 mai 2013 en itw pour 20 Minutes
Jenifer le 23 mai 2013 en itw pour 20 Minutes — Jonathan Duron / 20 Minutes

Ex-lauréate de Star Academy, ex-jurée de The Voice (en attendant une saison 3), Jenifer sort son cinquième album. «Ma déclaration» est composé de reprises de France Gall. C’est peut-être un détail pour vous mais pour elle ça veut dire beaucoup.

Vous aviez envie depuis longtemps de faire cet album?

Pas vraiment. J’ai fait une ou deux reprises dans mon coin, parce que les chansons de France Gall sont importantes pour moi et que c’était une vieille envie. Puis on m’a conseillé d’en faire d’autres, puis j’en ai parlé à ma maison de disques qui était partante. Mais l’idée d’en faire un album n’est pas venue du jour au lendemain. Je n’étais pas prête à l’assumer.

Comment ça?

J’admire énormément France Gall, je ne voulais pas qu’elle trouve ça nul. Je ne voulais pas lui envoyer des maquettes pourries. On a beaucoup travaillé avant de lui faire écouter.

Elle a aimé vos versions des chansons?

Je n’en ai pas parlé directement avec elle mais j’ai cru comprendre qu’elle était cool avec ça.

Vous ne vous êtes pas rencontrées?

Elle est timide et pudique, comme moi.

Pudique? Le clip de «Poupée de cire, poupée de son» est quand même très osé...

C’est différent. Pour la musique, pour les clips, je sors de moi, je ne suis plus la même personne, j’arrive à faire des choses qui me dépassent complètement.

Que représentent les chansons de France Gall pour vous?

Dans mon éducation musicale, il y a d’un côté la soul motown qu’adorait mon père et de l'autre la grande chanson française qu’écoutait ma mère. Aucun n’écoutait France Gall. C’est moi qu’il l’ai découvert, toute seule, vers 13 ans. Je me suis intéressée à elle en passant par Berger et Gainsbourg. Sa musique me fait du bien. J’adore la chanson des années 1960-1970. Tout était plus simple, plus naturel, plus passionné. Aujourd’hui, c’est trop mécanique, il n’y a plus d’authenticité.

Mais France Gall à ses débuts était un pur produit marketing comme la plupart des chanteurs de Salut les copains. Ils avaient des tournées épuisantes et étaient mal payés, mal considérés, ils ont essuyé les plâtres du star system alors qu’ils étaient très jeunes…

Tout n’était pas rose, bien sûr. Mais même le côté tumultueux de ces années-là me semble plus authentique et intéressant que l’époque aseptisée que nous vivons aujourd’hui. Tout est sur des rails, on ne peut pas en sortir.

Qu’est ce qui vous inspire chez France Gall?

Ses choix. Tout est là. Elle est interprète, comme moi. On n’a que nos choix pour exister. C’est ça la vie, faire des choix. Et elle a su choisir les grands auteurs, et incarner leurs textes.

Et comme elle, vous avez connu des débuts rapides et difficiles...

Oui, comme elle, j’ai dû prouver beaucoup de choses. Et comme elle aujourd’hui, je me fous de ce que les gens qui ne m’aiment pas, et ne m’aimeront jamais, peuvent penser.

Vous n’êtes pas sensible à la critique?

Ça dépend. Pour The Voice, j’ai été touchée par certaines critiques.

Lorsque vous choisissez d’éliminer Anthony Touma au profit d’Olympe, contre l’avis du public?

Oui. J’assume mon choix mais j’ai été maladroite et j’ai blessé les deux gamins, et j’ai blessé le public parce que je me suis mal expliquée. En direct, je me justifie de manière houleuse, je n’ai pas su assumer mon choix clairement à l’antenne. C’était très dur à vivre, vraiment.

Pourtant au début de cette saison 2 de The Voice vous disiez vous être endurcie...

Chassez le naturel…

Vous disiez aussi que dans The Voice vous incarniez un peu un personnage...

Comme toujours quand je suis à la télé, ou en interview. Je suis beaucoup plus introvertie en réalité.

Et début juin, vous allez découvrir le cinéma...

Oui, le tournage a lieu en Corse, je ne serai pas dépaysée. Ça fait longtemps que des gens essayent de me titiller avec des scénarios. Et là j’ai dit oui. On verra bien ce que ça donne.

Pour finir, quelles versions sont les meilleures? Les vôtres ou celle de France Gall?

Pour moi, les siennes, bien sûr. Pour d’autres auditeurs, peut-être que les miennes sonneront plus actuelles.