L’esprit «feel good» s’installe

TENDANCE Livres, émissions et films pour se sentir bien n’ont jamais été autant plébiscités...

Anne Demoulin et Annabelle Laurent

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Les acteurs du film «La Cage dorée».
Les acteurs du film «La Cage dorée». — J. Panie / Path? Distrib

La grande déprime. Selon le baromètre CSA pour BFM TV du moral des Français, en mai, 71% de nos concitoyens sont pessimistes concernant l’avenir de la société française. Heureusement, télévision, cinéma et édition veulent notre bonheur. Le «feel good» (traduire «se sentir bien»), expression popularisée avec la crise de 2008, n’a jamais été autant plébiscitée.

La télé nous veut du bien

Marre de la télé trash, la télé gentille qui aide les gens à mieux vivre, s’habiller, danser, cuisiner ou trouver l’amour envahit le petit écran. Ses vedettes, Stéphane Plaza ou Karine Lemarchand. La seconde présente «Un air de star», dernier-né du genre. Les personnalités y imitent, plus ou moins bien, des stars de la chanson. Mais attention, «on n’est pas là pour les ridiculiser», insiste l’animatrice, fière d’être aux commandes d’«un vrai programme familial», une «aventure joyeuse», très «feel good». Et «chose très importante»: il n’y a pas d’élimination. «Nous voulions proposer un divertissement où le seul enjeu est de s’amuser, sans compétition», renchérit Bibiane Godefroy, la directrice des programmes de M6.

Pour un cinéma jubilatoire

Après le succès surprise des Intouchables l’an dernier, la comédie franco-portugaise La Cage dorée affiche plus d’un million de spectateurs en cinq semaines. «L’époque est difficile, les gens ont besoin de films qui les rendent heureux», analyse Jean-Claude Guerrero, président de l’association Films Bonheur, qui veut «encourager, valoriser, et promouvoir (…) la distribution et la production d’un cinéma jubilatoire». «On a trop longtemps regardé d’un air hautain les films divertissants. Certains sont pourtant très intelligents», explique Jean-Claude Guerrero. Et plus de 50.000 internautes partagent cet avis sur la «fan page» des Films Bonheur. «Tous les étudiants en cinéma rêvent de réaliser un drame ou un film violent, le public veut, lui, sortir de la salle avec le sourire», déplore-t-il.

Y’a d’la joie dans l’édition

En librairie, le «feel good» roman Demain, j’arrête de Gilles Legardinier se vend comme des petits pains. « “La nouvelle maison d’édition qui vous donne la joie de lire!”, voici notre slogan», explique la cofondatrice des éditions Charleston, Karine Bailly de Robien. Ce qui guide ses choix éditoriaux: «De belles histoires, parfois avec des sujets graves, mais qui finissent bien, qui ont du sens.» La maison d’édition publie beaucoup de traductions, comme le drôlatique La femme qui décida de passer une année au lit de l’Anglaise Sue Townsend: «Les Anglo-saxons ont une vraie tradition du roman “feel good” de qualité. Cette culture arrive enfin en France », se réjouit-elle