Gianmaria Testa, la migration rock

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Son précédent album, Altre Latitudini, est sorti pendant la guerre en Irak. Gianmaria Testa se demandait alors : « Faire un disque de chansons d'amour dans un tel contexte, est-ce bien raisonnable ? » Le chanteur italien revient avec Da questa parte del mare, un album concept sur le thème des migrations. « J'ai imaginé cet album, il y a quatorze ans. J'étais en vacances dans les Pouilles, sur la plage, quand un bateau de pêcheurs a débarqué deux Africains, dont l'un était mort. »

Le thème était complexe, casse-gueule même pour un chanteur amateur de mélodies douces. Gianmaria Testa l'aborde avec ce qu'il maîtrise le mieux : la poésie et les sonorités rassurantes de la langue italienne. « J'ai eu peur de la démagogie d'un disque monothématique. C'est pour cela que je n'ai pas voulu utiliser les instruments et les musiques d'Afrique du Nord. Avec Greg Cohen, mon directeur artistique, nous avons mêlé musique du Piémont et influences américaines. Parce que le point d'observation émotif du phénomène, c'est moi. » Plus rock, moins suave que ses prédécesseurs, Da questa parte del mare est le meilleur album de Gianmaria Testa. Sur scène, avec ses quatre musiciens, le chanteur dégage une énergie que l'on ne lui connaissait pas. Sans perdre une miette de sa gracieuse science de la mélodie.

Perpétuel inclassable, Gianmaria Testa, sans fausse modestie, ne se considère pas comme un artiste. « Je communique de manière alternative à la parole, c'est tout. » Et garde depuis toujours son emploi de chef de gare à Cuneo, dans le Piémont. « J'ai besoin d'avoir des collègues, de faire des grèves, de gueuler... Et puis, quand on me demande ce que je fais, je ne peux pas répondre “chanteur”. Ce ne serait pas très sérieux... Sur scène, je ressens le ridicule de la situation : on m'applaudit et je suis content. C'est un plaisir enfantin. Même à 50 ans, on a toujours besoin que l'on vous tape sur l'épaule en disant : “C'est bien.” »

Benjamin Chapon