Bertrand Belin ballade ses chansons dans «Parcs»

Benjamin Chapon

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Bertrand Belin
Bertrand Belin — P. Lebruman

Bertrand Belin a acquis, avec son précédent album, «Hypernuit» un tout début de notoriété. On pourrait dire que c’est mérité si on était certain que la notoriété est un bienfait. Lui ne sait «pas trop quoi penser de tout ça». Tout ça? Le succès, la critique, les médias d’où il est globalement absent. «C’est plus facile de raconter la vie scabreuse d’un artiste que de parler de sa musique. Surtout aujourd’hui où la musique s’est complexifiée. Je comprends la nécessité de faire court, je devrais peut-être l’appliquer à ma musique, mais…»

Mais il ne le fera pas. Son quatrième album, Parcs, est dans la veine de son précédent. Austère, presque silencieux s’il n’y avait cette voix, sa voix. «C’est complètement con de ne pas y avoir pensé plus tôt mais j’ai réalisé assez récemment que la voix était au centre de tout. Ce n’est pas une décision, c’est un fait. La voix est le cœur d’une chanson.»

L’auditeur conte

Voilà pourquoi, comme pour son précédent album, Bertrand Belin a composé ses chansons sans prendre de notes, ne retenant que les chansons qu’il… retenait justement. «Auparavant, en écrivant les paroles au préalable, je me privais de l’étage de l’oralité. Ne pas passer par le texte me permet de ne garder que les mots dont fait l’expérience vocale.»

L’expérience auditive, elle, est profonde. On plonge dans ses histoires de pas grand-chose. Un homme qui attend, un autre qui se souvient d’une bagarre, un dernier qui va peut-être sauter. Il y a du brouillard dans les chansons de Bertrand Belin. Et beaucoup de place pour la poésie et l’imaginaire. «Je compte sur l’auditeur pour parachever l’écriture des chansons. Je fais la même chose en tant qu’auditeur, j’aime avoir cette liberté.»

La musique a du sens

Guitariste depuis ses 13 ans, ce quarantenaire a aujourd’hui un sens intime et fort de la mélodie. Ses musiques, discrètes dans l’arrière-plan, sont pourtant fortes et essentielles. «La musique a une part importante même si elle n’est ni tonitruante ni virtuose. Elle transporte du sens, un ton, du récit, du décor. Je le fantasme en tout cas.»

Il ne réfute pas les termes de sobriété stylique ou même d’austérité qu’on lui accole, mais ne voudrait pas «qu’on perçoive ma musique comme méthodique et chiante. Je n’ai aucune idée de ce que je pourrais penser en écoutant mes chansons. Je n’irai peut-être pas jusqu’au bout de la première…»

La clé est sous le pot de fleurs

Dans le panorama musical actuel, ses chansons très solides, structurées et précises, sont paradoxalement fragiles. Parce qu’elles réclament du temps, deux ou trois écoutes pour être appréhendées. Ensuite, elles ne vous quittent plus. «Je sais qu’il n’est pas dans les usages d’écouter deux fois une nouvelle chanson pour s’en faire une idée. Mais je ne le fais vraiment pas exprès. Je ne cherche pas du tout à faire un sanctuaire. Je découvre tout ça a posteriori, je me méfie des préalables de toutes façons.»

En concert ce mercredi à Paris, il est heureux de retrouver un public qui commence à le suivre. «J’avais l’habitude d’être perpétuellement découvert par le public. Là, je commence à avoir des gens qui connaissent ma maison. Ils savent que la clé est sous le pot de fleurs… Et en même temps, je ne suis pas une super star, vous savez. Je n’ai pas à me conformer à une attente, je suis très libre.»