«Somebody that I used to know»: Comment Gotye a déjà perdu un million de dollars au profit de Luiz Bonfà, mort il y a dix ans

MUSIQUE Ce n'est ni un aveu, ni un plagiat. Le chanteur belgo-australien, qui a emprunté au guitariste brésilien le sample du début de son morceau «Sevilla», s'était engagé fin 2011 à lui reverser 45% de ses royalties. Mais c'était avant que son tube ne remporte un succès planétaire fracassant…

Annabelle Laurent

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Wally DeBacker alias Gotye, aux Grammy Awards
Wally DeBacker alias Gotye, aux Grammy Awards — Matt Sayles/AP/SIPA

Jackpot pour les héritiers de Luiz Bonfà, le mythique guitariste brésilien décédé en 2001 à l’âge de 78 ans. Le tube «Somebody that I used to know», de Gotye, leur a déjà permis de gagner plus d’un million de dollars. Comment une telle somme s’est-elle retrouvée dans leurs mains plutôt que dans celles du chanteur belgo-australien? Explications.

De «Sevilla» à «Somebody that I used to know»

Dans une longue interview à Billboard datée du 13 avril 2012, le chanteur belgo-australien avait raconté la genèse de son tube planétaire vu plus de 400 millions de fois sur YouTube, et notamment expliqué à quel point «Sevilla», un morceau de 1967 signé par Luiz Bonfà, que l’on considère comme l’un des pères de la bossa-nova, l’avait inspiré pour composer son fameux tube.

«Ce sample de Luiz Bonfà a directement provoqué les premières lignes de la chanson», explique Gotye à Billboard. «L’aller-retour dans le riff m’a fait penser à mes différentes relations et ruptures, et les paroles sont venues de là», explique le chanteur, qui a donc repris ce sample au début de sa chanson, comme le met en évidence l’écoute successive des deux morceaux:



Cette ressemblance, qui n’est pas «un plagiat», n’a rien d’un scoop. Elle avait été remarquée dès la diffusion de la chanson fin 2011, comme par exemple sur ce site, le Mellotron, qui parle de ce «nouveau titre qui sample dès les premières notes le titre "Seville" de Luiz Bonfá».

Un engagement de 2011 qui lui coûte cher

A la suite de cette interview à Billboard, le Sunday Telegraph révèle le 12 mai que l’utilisation de ce sample a été, dès le départ, l’objet d’un accord entre Gotye et les ayants droit de Bonfà. «L’accord donnait à Bonfà un droit d’auteur sur la nouvelle chanson qui utilisait son riff, et lui permettait de remporter 45% des royalties. A l’époque, l’accord semblait assez insignifiant. C’était simplement un moyen pour un artiste inconnu de rendre hommage à celui qui l’avait inspiré», écrit le Sunday Telegraph.

Un an plus tard, la situation est bien différente. «Somebody that I used to know» s'est placée en tête des charts dans 24 pays. Aux Etats-Unis, elle s'est vendue à plus de 7 millions d’exemplaires, a été reprise dans «Glee»…

Un succès phénoménal qui n’a donc pas seulement enrichi Gotye, comme on avait tendance à le penser. Le pactole touché jusqu’ici par les héritiers de Luiz Bonfà? Un million de dollars, selon un calcul du Sunday Telegraph réalisé à partir des ventes du single, qui ne tient même pas compte des ventes du titre sur les plateformes de streaming ni de la diffusion radio. Et ce n’est que le début.