La collection Hays courtisée

Benjamin Chapon

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Aurélie Filippetti et Spencer Hays, tout juste fait Officier de la Légion d'honneur, au musée d'Orsay.
Aurélie Filippetti et Spencer Hays, tout juste fait Officier de la Légion d'honneur, au musée d'Orsay. — M. EULER/AP/SIPA

Il a dit son amour de la France, elle a dit sa gratitude. La semaine dernière, au musée d'Orsay, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a fait Spencer Hays, officier de la Légion d'honneur. Le musée parisien accueille actuellement une grande partie de la prodigieuse collection de cet homme d'affaires américain (lire encadré). L'exposition à Orsay d'une collection privée, une première, a été rendue possible grâce à l'amitié qui unit le couple Spencer et Marlene Hays à Guy Cogeval. « Ce qui nous a réuni est notre amour commun des peintres nabis », raconte le président du musée d'Orsay.

Don et contre-don


Collectionneurs autodidactes au goût sûr, Spencer et Marlene Hays ont déshabillé les murs de leurs demeures de Nashville et de New York de leurs toiles de Caillebotte, Degas, Bonnard, Maurice Denis et autres Odilon Redon, pour une exposition qui, aussi intéressante qu'elle soit, est surtout un appel du pied d'Orsay aux collectionneurs. « Spencer n'a pas encore décidé de ce que deviendrait sa collection à sa mort, mais il la donnera sans doute à un musée », croit savoir Guy Cogeval. A Orsay ? Peut-être ou au Metropolitan de New York, qui a récemment reçu l'incroyable donation d'œuvres cubistes estimées à un milliard de dollars de la part de Leonard Lauder. « Les musées français reçoivent très peu de dons de ce genre à cause d'une législation peu incitative sur le plan financier et par absence de tradition, explique Guy Cogeval. Cette exposition montre aux collectionneurs du monde entier qu'Orsay est prêt, comme à Londres ou aux Etats-Unis, à créer des salles à leurs noms pour accueillir leurs œuvres. » Sur le sujet de la donation, Spencer Hays cite Sir Charles Attenborough : « L'art n'appartient à personne. Certains en sont simplement les gardiens temporaires, mais privilégiés et comblés. »

■ Passion française

L'exposition a le double mérite de présenter une collection à la fois intime, et donc hétéroclite, et patrimoniale sur les peintres nabis. Jusqu'au 18 août.