«Paradis (avant liquidation)» dans les îles des Kiribati menacées d’être englouties

Joël Métreau

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L'écrivain Julien Blanc-Gras, le 16 avril 2013 à Paris.
L'écrivain Julien Blanc-Gras, le 16 avril 2013 à Paris. — V. WARTNER / 20 MINUTES

«Un pays qui a peur de disparaître achète de la terre aux Fidji pour y faire déménager sa population». Julien Blanc-Gras résume la dépêche d’Associated Press du 9 mars 2012, qui lui a donné l’envie de partir pour l’Etat des Kiribati. Une trentaine d’îles, des atolls dans l’océan Pacifique, qui s’élèvent à peine au-dessus du niveau de la mer. Avec le réchauffement climatique et la montée des eaux, elles risquent d’être englouties, au même titre que les Maldives, dont le sort a été plus médiatisé. Quand? Personne ne le sait vraiment. «La menace est parfois exagérée en termes de communication politique, pour encourager l’aide internationale, mais elle est bien réelle», explique Julien Blanc-Gras. Et elle a déjà relayée dans un documentaire australien, en 2011, The Hungry Tide. La marée affamée en français…

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La bande-annonce du documentaire

Dans Paradis (avant liquidation), qui sort le 15 mai (Au Diable Vauvert, 17 euros), l’écrivain-voyageur, journaliste dans le civil, raconte le quotidien de ses 110.000 habitants. Tarawa-Sud, la capitale à la haute densité de population, s’étend sur une trentaine de kilomètres de long sur quelques centaines de mètres de large. Pour se défendre de la mer, des digues y sont construites par le gouvernement, d’autres par «les particuliers qui construisent des murs de protection devant leur maison, avec des bouts de bois, des pierres, des pneus…», rapporte Julien Blanc-Gras. Ironie de cet Etat: il ne produit quasiment pas de dioxyde de carbone, ce gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique. Autre aberration que raconte l’écrivain de 36 ans: «Les deux seules ressources naturelles dont regorge le pays sont la noix de coco et le thon. Mais ils sont tous importés. Cela produit des déchets, avec les boites de conserve, cela consomme du gaz carbonique pour le transport… Il y a sans doute une logique économique à cela. Quelqu’un en profite, mais pas la planète.»

La construction de digues aux Kiribati:

Pourtant le récit de ses six semaines dans ce décor de carte postale est loin d’être triste. Au contraire. «Il existe un fatalisme qui se dégage du pays et en même temps le quotidien est joyeux, ça se manifeste par exemple par la passion du chant.» Comme dans son précédent roman, Touriste, qui sort en Livre de poche (6,60 euros), Julien Blanc-Gras partage des anecdotes savoureuses. Il remarque «l’isolation culturelle d’une zone oubliée de la société du spectacle. Les habitants ne savent pas pour la plupart qui est Lady Gaga.» Ce sont des histoires d’un Occidental de passage, d’un voyageur décalé, mais au regard affûté. Que ce soit sur sa rencontre avec un duo de mormons ou sur son voyage dans une île réputée pour sa fellation, il apporte toujours un regard tendre et ironique, jamais sarcastique. 

L’atoll de Tarawa, qui accueille la capitale des Kiribati:


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