Chuck Palahniuk : «La majorité des livres sont des sédatifs »

©2006 20 minutes

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Chuck Palahniuk

Ecrivain américain.

Qu'est-ce qui vous a amené à écrire A l'estomac ?

Je voulais écrire sur des personnes qui s'extraient volontairement du monde et qui finissent par ne plus créer et se détruire. J'avais écrit une pièce de théâtre en ce sens et je disposais également de nouvelles. Mon éditeur a voulu rassembler les deux.

Vous exploitez à nouveau le grain de folie qu'il y a dans chaque homme...

C'est plus du journalisme que de l'invention. Ce que j'écris n'est pas extrême, tout simplement parce que des gens m'ont raconté ces histoires et que la plupart du temps, elles sont vraies. Généralement, ils restent après une séance de signatures. Les mêmes me demandaient où se trouvait le « Fight Club » de leur ville. Ils me disent : « Puis-je vous raconter une chose que je n'ai jamais racontée ? »

La littérature française s'enlise souvent dans les sentiments. La production américaine est-elle aussi vaine ?

C'est probablement pire. La vaste majorité de ce qui est écrit aux Etats-Unis n'a pour but que d'endormir les gens, ce sont des sédatifs. C'est pourquoi les gens lisent si peu. La télévision, les jeux vidéos, la BD sont des formes de narration qui ont dépassé la littérature. Les jeunes ne lisent plus, mais ils sont le public le plus intelligent de l'histoire de l'humanité. Ils ont vu tellement de choses. Pour les toucher, j'écris de la fiction dans une forme qui n'est pas destinée à la fiction. Prenez des gens terrifiés par des sorcières dans la forêt, c'est éculé, non ? Mais si vous prenez du matériel vidéo retrouvé dans la forêt, vous avez le « Blair Witch Project ». Plus votre histoire est dingue, plus il faut une forme authentique pour la rendre crédible.

Recueilli par Arnaud Sagnard

Entretien intégral sur : http://sagnard.blog.20minutes.fr

A l'estomac raconte la détention volontaire de vingt-trois écrivains. Sans atteindre la fulgurance de Fight Club, l'ouvrage de 500 pages est un excellent recueil de nouvelles – celles que les reclus écrivent – aussi effroyables que drôles.