Les capitaines du design

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C'est samedi à Chatou (Yvelines) que ces figures montantes du design dévoileront leur dernière création, un atelier d'artiste flottant. Pour les frères Bouroullec, trentenaires bretons habitués à concevoir du mobilier, ce délicat objet architectural aux baies largement ouvertes sur la Seine constitue une première. « Ne pas avoir de connaissances ou de maîtrise technique sur un projet nous autorise un regard neuf », explique d'une voix douce Ronan, l'aîné, dans leur atelier de Belleville. Encore peu connus en France, Ronan, 35 ans et Erwan, 30 ans, cumulent les prix et leurs meubles, vases ou bijoux sont exposés et vendus de Londres à Tokyo. Un succès qui ne leur monte pas à la tête. « Ron », blond comme son cadet mais la barbe en moins, déclare détester les vernissages et passer « 99 % de son temps à dessiner ». Entourés d'une petite équipe, ils travaillent à quatre mains, autour d'une table commune, témoin d'« engueulades régulières ». Et quand « Ron » reçoit un journaliste, Erwan reste derrière son écran d'ordinateur puisque de toute façon, « ils ne sont jamais d'accord ! »

Leur collaboration remonte à 1999. A l'époque, l'aîné, diplômé des Arts déco débute dans le métier et demande un coup de main au second, encore étudiant aux beaux-arts de Cergy. Aujourd'hui, Erwan est des deux celui qui a « la sensibilité technique la plus aiguë ». Si les Bouroullec recherchent l'épure, ne leur parlez pas de minimalisme. « On préfère la comparaison avec les haïkus japonais : il s'agit de gommer tout le superflu sans pour autant verser dans l'ennui. » Au-delà de la référence nippone, difficile de caractériser un style qui associe simplicité des formes, multiplicité des couleurs, pièces modulaires. Surtout, ils aiment expérimenter les matériaux, réalisent des algues en plastique, des fauteuils en tricot... et ont même inventé une tuile textile, mélange de laine et mousse que l'on peut assembler à l'infini en parois et tentures. Finalement, ce qui les distingue de la jeune garde du design français tient en un nom : « Philippe Starck ». « On a eu la chance de ne jamais travailler pour lui », s'enorgueillit Ronan, qui n'a qu'une envie : être seul maître à bord... Enfin presque !

Marc Héneau

Le CNEAI (Centre d'art contemporain dédié aux arts imprimés et à l'édition d'artiste) est le commanditaire de cet atelier qui accueillera des artistes en résidence. www.cneai.com Atelier-péniche Long de 23 mètres, cet atelier en forme de péniche représente un espace de 100 m2 habitable, sur l'île des Impressionnistes, à Chatou, avec une terrasse à chaque extrémité. Architectes associés Les deux designers ont travaillé avec des architectes : Denis Daversin et Jean-Marie Finot. Ce dernier, spécialiste en construction navale, a créé plusieurs bateaux pour le Vendée Globe.