Phoenix: «On ne veut pas devenir un groupe de stade»

INTERVIEW «20 Minutes» a rencontré deux membres du groupe d'électro pop à l'occasion de la sortie ce lundi de leur cinquième album, «Bankrupt!»...

Propos recueillis par Anaëlle Grondin
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Le groupe d'électro pop français Phoenix.
Le groupe d'électro pop français Phoenix. — WARNER MUSIC

Deux mois avant la sortie très attendue de leur nouveau bébé, les Versaillais Phoenix s’enthousiasmaient déjà en évoquant l’arrivée de Bankrupt! et en imaginant leurs futurs concerts à Paris. Entretien avec Thomas Mars, le chanteur du groupe, et Laurent Brancowitz, l’un des deux guitaristes.

Comment fait-on pour se remettre en selle après le succès prodigieux qu’a connu votre précédent disque, Wolfgang Amadeus Phoenix? Ca a dû être difficile de recommencer un nouveau projet…

Thomas Mars: C’était plus difficile au milieu. Le début c’est excitant parce qu’on finit la tournée. Et à la fin de la tournée, on a toujours envie d’aller en studio.

Juste après la fin de la tournée, vous aviez déjà des idées de nouveaux titres?

Thomas Mars: Oui, mais on a vite su que ces idées-là allaient passer à la trappe. On en gardait quand même en essayant de se convaincre que l’album pouvait être fait rapidement. Finalement on a travaillé deux ans sur cet album jour pour jour.

Vous n’avez jamais été démotivé?

Thomas Mars: Si. On se dit aussi qu’on perd en crédibilité quand on reste très longtemps en studio. Pour l’album précédent, après un an et demi, on a revu des amis qui nous ont demandé ce qu’on faisait. Et quand on a répondu qu’on était en studio il y a eu des petits sourires en coin.

Qu’est-ce que vous écoutiez lorsque vous étiez en studio?

Thomas Mars: On écoute peu de musique. C’est plus facile d’être inspiré par d’autres choses. Je crois qu’on a plus été inspirés par les films, la photo, des conversations...

Laurent Brancowitz: Beaucoup par [Eric] Rohmer. On a regardé tous ses films. On a longtemps détesté, car il prend souvent des personnages grotesques, pas héroïques. Mais maintenant je me rends compte qu’il arrive à capturer leur charme, un charme qui les dépasse. C’était un peu notre méthode sur cet album.

Vous avez une nouvelle fois collaboré avec Philippe Zdar du duo Cassius. Vous n’imaginiez pas sortir cet album sans bosser avec lui?

Thomas Mars: Non. Il nous aide à nous structurer. Quand on est en studio on est un peu vulnérables. On a besoin de lui. Il a cette bienveillance. Et il sait où on veut en venir. Il fantasme le disque.

Laurent Brancowitz: Il y tient presque plus que nous. Il y a un moment où on martyrise nos chansons (rires) et lui il a l’amour jusqu’au bout, il tient le cap.

On sent que vous appréhendez les premières critiques ou du moins que vous y serez très attentifs…

Thomas Mars: Non, on est nos premiers critiques. On ne sortirait jamais un album qui nous rendrait vulnérable. Ce serait fou.

Vous êtes le groupe français qui s’exporte le mieux, le premier à avoir joué au Madison Square Garden à New York, au Saturday Night Live. Vous avez encore quelque chose à prouver?

Thomas Mars: On est assez égoïste quand il s’agit d’albums. On fait ça pour nous. Les personnes qu’on veut impressionner c’est nous-mêmes.

Après le grandiloquent «Wolfgang Amadeus Phoenix», vous avez baptisé votre nouvel opus «Bankrupt!»… Qu’est-ce que vous avez voulu dire?

Laurent Brancowitz: Il n’y a rien à comprendre (rires). Une fois que tu as épuisé tout ce qui était héroïque, noble, triomphant, soudain il y a un moment où tu réalises qu’il y a tous les autres champs lexicaux à explorer. Plutôt que de chanter la rose après 100.000 poètes, on chante «Drakkar noir» [un des nouveaux titres]. Mais on n’a pas choisi ce mot au hasard. On prend des mots qui ont une puissance magnétique, une poésie.

Un de vos nouveaux titres s’appelle «Trying to be cool». C’est quoi être cool pour Phoenix?

Thomas Mars: Ce qui compte dans la chanson c’est « trying » [essayer]. Ce qu’on aime c’est la maladresse, le fait d’essayer.

Laurent Brancowitz: Parler des gens qui ont réussi, ça n’a aucun intérêt. Dans le succès il y a l’ennui de l’absence de tension. Nos morceaux qui ont le plus marché c’est nos morceaux les plus bizarres. Il faut absolument qu’on continue à chercher ce qui fait notre singularité. On a la chance d’être Français dans un monde dominé par les anglo-saxons. C’est ça notre force. La tentation de faire comme tout le monde, ce serait des succès immédiats, mais il faut qu’on résiste à ça. On ne veut pas devenir un groupe de stade.

Vous sortez cet album avec un label américain, vous chantez en anglais, vous sonnez comme un groupe anglo-saxon, Thomas Mars, vous vivez à New York. Qu’est-ce qu’il reste de français à Phoenix ?

Thomas Mars: Depuis le début les gens nous demandent pourquoi on chante en anglais. C’est une question qu’on ne s’est jamais posé. Je ne sais pas si on est encore Français, mais en tout cas je sais qu’on veut ni être Américain ni Anglais.

Laurent Brancowitz: Je pense que ce label américain, ce qu’il aime en nous c’est le fait qu’on soit Français, qu’on soit à côté de la plaque.

Quels artistes vous aimez écouter en ce moment?

Thomas Mars: La sœur de Beyoncé, Solange, est assez épatante. Elle apporte une vague de fraîcheur.

Laurent Brancowitz: Les Dirty Projectors sont assez forts.

Quel est le groupe dont vous vous sentez le plus proche musicalement?

Laurent Brancowitz: Personne ne voit les similitudes, mais c’est le groupe allemand de musique électronique Kraftwerk.