Quand l'électro met des sons réels à la place des notes

Benjamin Chapon et Joël Métreau

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Les artistes musiciens Oy (à gauche) et Chassol (à droite).
Les artistes musiciens Oy (à gauche) et Chassol (à droite). — Andy Zant / DR

Chassol appelle ça des «ultrascores, parce qu’il faut bien donner un nom à ce que je fais.» Après La Nouvelle-Orléans pour Nola Chérie, il est allé en Inde pour créer Indiamore, objet hybride mêlant sons et images enregistrés sur place à des compositions de son cru. «Ce genre de création est clairement un prétexte pour voyager», explique le musicien. Adepte de la musique concrète, qui utilise des sons de la vie réelle, Chassol s’est senti plus «artiste et auteur» en allant chercher ses sons et ses images propres. «J’ai longtemps écrit des musiques de films, j’ai acquis un vrai savoir-faire là-dedans. Mais faire ces ultrascores m’a donné l’impression de passer d’artisan à artiste.»

Joy Frempong (alias Oy) est partie avec ses enregistreurs portables en bandoulière, pour réaliser son album, Kokokyinaka (qui sort le 25 avril, en écoute ici). Chez les Ashantis, le nom désigne l’oiseau qui leur apporté les percussions, le rythme. «Mon projet, c’était de récolter des sons, mais aussi des histoires traditionnelles, parfois des proverbes», explique cette Suisso-Ghanéenne de 34 ans. Pendant deux mois, elle a sillonné l’Afrique de l’Ouest: Mali, Burkina-Faso, Ghana, avant de faire halte en Afrique du Sud. Dans ses Zoom H4N et Olympus LS-5, un pêle-mêle de sons du quotidien: aiguiseur de couteaux sur un marché, portières de voitures déglinguées qui claquent, feuilles sèches, conversations dans un bus, feux d’artifice… «Je dissimulais parfois l’Olympics, car j’avais l’air d’une touriste», sourit-elle.

Des musiciens à cheval sur le montage

Chassol s’est longtemps fait une spécialité de mettre en son les images, pour la télé et le cinéma, puis pour lui-même en «harmonisant des vidéos» glanées sur YouTube lors de nuits blanches créatrices. «Mais aller chercher des sons réels m’a permis de me renouveler et d’affiner mon travail, qui est plus accompli et aussi plus honnête.  C’est presque du documentaire.» même si après les semaines de tournage, Chassol retrouve son piano et son ordinateur, sur lesquels il passe des heures à monter le tout, «ça c’est ma cuisine, ça ne s’explique pas.»

De son côté, Oy avait acheté son premier sampleur à l’âge de 17 ans.  «J’aime construire mes propres sons, plutôt qu’avoir recours à un instrument quelconque.» Pour Kokokyinaka , elle a commencé à couper sa matière sonore dans son dernier séjour à Johannesburg, afin de construire des boucles sonores : «Par exemple dans le crissement d’une paire de baskets sur le sol, on peut trouver une mélodie intéressante.» A Berlin, pour l’enregistrement de l’album, le batteur Lleluja-Ha a entrelacé de ses rythmes les boucles sonores.

Voyage, voyage

Chassol assume ses images en boucle et ses phrases musicales obsédantes et voit cette pratique «comme un hygiène, comme les peintres qui réalisent des séries sur les mêmes motifs.» Aller chercher des images à l’étranger, se frotter à des cultures exotiques lui ont permis «d’exporter des obsessions sonores» et de les confronter à «des images et des situations surprenantes. C’est pour ça qu’on voyage après tout.»

«Les photos et les vidéos sont ce que les gens rapportent le plus souvent de leurs voyages, pas les sons, explique Oy . Pourtant, c’est un aussi un moyen de se remémorer des souvenirs. Comme un album photo.»