Et pourtant, ils chantent encore

benjamin Chapon

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Viré par EMI, Jacques Higelin a signé chez Sony pour Beau repaire.
Viré par EMI, Jacques Higelin a signé chez Sony pour Beau repaire. — V. ARCHENO

Yves Duteil, Michel Jonasz, Dick Rivers, Alain Chamfort… La crise du disque a été impitoyable pour ces chanteurs. Jugés ringards par leurs maisons de disques, ils se sont vus «rendre leur contrat», comme on dit pudiquement dans le milieu pour ne pas dire «virer». La plupart d'entre eux ont rebondi. Comme Jacques Higelin, qui sort son nouvel album, Beau repaire, chez Sony. «EMI s'est mal comporté avec moi, ça m'a choqué. Mais j'ai ensuite été très touché de voir que plusieurs maisons de disques voulaient m'accueillir. C'est bête à dire, mais ça m'a fait plaisir.»

Jean-Louis Murat, lui, en a eu «un peu rien à foutre». Après plusieurs albums sur le label indépendant V2 racheté par Universal, il s'est retrouvé sans maison de disques. «Je n'avais quasiment aucun rapport avec eux de toute façon. C'est mon agent qui m'a trouvé un nouveau contrat. Je ne m'occupe pas de ça.» Son nouvel album, Toboggan, sort donc chez Pias, le label. Créé au sein de la maison de disque, Pias, ce label francophone compte des artistes comme Miossec, Eiffel, Da Silva, Florent Marchet.

Y a de la joie


«Plusieurs labels ont saisi une belle opportunité en faisant signer des artistes à la réputation installée, reconnaît un dirigeant de major. Chez nous, ces artistes habitués à un certain confort ronronnaient. Je crois que changer de crémerie leur a donné un coup de fouet.» Jacques Higelin a, en tout cas, été pris d'un grand élan d'optimiste en composant Beau repaire, un album solaire. «Avant de composer, j'étais dans un état d'esprit sombre, je passais beaucoup de temps au chevet ou aux enterrements de mes proches. C'était dur. Et de tout ça est ressorti une envie de vie, une envie de beauté. Je voulais faire quelque chose de beau, donner de la joie. Sinon, à quoi je sers ?»

Jean-Louis Murat n'a pas ressenti cet appel de la joie. «Mon métier me rend à la fois heureux et malheureux. Je continue à le faire parce que j'ai des frais, comme tout le monde.» Son inspiration, qui a de très beaux restes sur Toboggan, l'un de ses plus beaux albums récents, ne semble pas touchée par la situation économique. «Je suis à l'aise dans mon époque parce que, comme elle, je me lasse vite des choses. J'écris, compose et enregistre de plus en plus vite. Je vais tourner avec un ou deux musiciens, par mesure d'économie. Mais la beauté elle-même est économe.»