Le musée Jacquemart-André rend hommage à Eugène Boudin, paparazzi malgré lui

EXPOSITION Le peintre normand s’est retrouvé sur la plage avec les beautiful people des années 1860, au moment de la naissance de la mode des bains de mer. Le musée Jacquemart-André lui consacre une rétrospective…

Stéphane Leblanc

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« Plage aux environs de Trouville » 1864 Huile sur toile 67,5 x 104 cm Toronto, Art Gallery of Ontario, Musée des Beaux-Arts de l’Ontario – Anonymous Gift, 1991
« Plage aux environs de Trouville » 1864 Huile sur toile 67,5 x 104 cm Toronto, Art Gallery of Ontario, Musée des Beaux-Arts de l’Ontario – Anonymous Gift, 1991 — 2012AGO

Corot le considérait comme «le roi des ciels» et Monet comme «[son] maître». Eugène Boudin, artiste normand connu de son vivant pour ses tableaux de navires, est devenu, dans l’imagerie populaire, le «peintre des plages». Dans les années 1860, l’aristocratie prend ses aises dans des stations balnéaires en plein développement et l’artiste quadragénaire, qui venait souvent peindre à Trouville, assiste à la naissance de la mode des bains de mer et à la création de Deauville. Voilà qui le change des bateaux.

Eugène Boudin pose son chevalet sur la plage, observe les mondanités et peint les élégantes en goguette au bord de la mer. Ces toiles, parmi les plus célèbres du peintre, n’ont pas trouvé preneur de son vivant. «Ces grands tableaux de salon sont un bide. On les a retrouvés chez lui à sa mort, roulés dans un placard», raconte Laurent Manœuvre, le commissaire de la première exposition rétrospective depuis 1899 consacrée à cet artiste dont Baudelaire chantait les louanges dans les Fleurs du mal: «Il joue avec le vent, cause avec le nuage...»

Réhabilité en 1929

Les beautiful people du 19e siècle auraient pu être flattés de se voir ainsi représentés. C’est l’inverse qui se produit. «La technique de Boudin, qui procède par touches de couleurs vives et imprécises, est jugée alors beaucoup trop sommaire par une clientèle qui réclame du sujet, de l’anecdote, du mélodrame, analyse Laurent Manoeuvre. Malgré un soin apporté au réalisme des détails, ses toiles étaient jugées bâclées.»

D’autant que Boudin peignait très vite. Si Baudelaire louait ses «instantanés», le public dénonçait leur trivialité. «Quelle frivolité à l’époque, de peindre les cabines de plages alors que le bon goût aurait voulu qu’on les dissimule», concède Laurent Manoeuvre. Boudin est considéré comme un impudent, un rustre doublé d’un voyeuriste. Le premier des paparazzis. Jusqu’à ce jour de 1929, où la styliste Jeanne Lanvin jette son dévolu sur une de ces toiles de plage et réhabilite Eugène Boudin comme un peintre d’avant-garde, un des précurseurs du mouvement impressionniste.

Eugène Boudin, du 22 mars au 22 juillet au musée Jacquemart-André, à Paris.