Musique: Le trap est-il le nouveau dubstep?

DECRYPTAGE – Issu du hip-hop, ce genre connaît un renouveau à la moulinette électro et prend d'assaut les ondes...

Philippe Berry

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Les producteurs Baauer et Just Blaze surfent sur la nouvelle vague trap, lors du festival SXSW, le 12 mars 2013.
Les producteurs Baauer et Just Blaze surfent sur la nouvelle vague trap, lors du festival SXSW, le 12 mars 2013. — J.PLUNKETT/AP/SIPA

De notre correspondant à Los Angeles

C'est la dernière mode en provenance des Etats-Unis. Le dubstep, c'est fini, surtout depuis que Britney Spears s'y est mis. Depuis quelques mois, les campus et les soirées underground sont passés à autre chose: le trap. Et vous en avez déjà entendu, peut-être même sans le savoir, à commencer par le Harlem Shake.

Le trap, ça vient d'où?

Du hip-hop, et plus précisément du sud américain (Géorgie et Floride). Cela commence au début des années 2000 par du gros rap bling-bling qui tâche, avec T.I., Young Jeezy ou encore Gucci Mane. En argot, le trap, c'est un endroit louche où il se passe des trucs pas vraiment légaux. Aujourd'hui, les rois s'appellent Rick Ross et 2 Chainz. Et aussi Chief Keef, à peine 18 ans, dont la mixtape a fait flamber les enchères en 2012, notamment avec les tubes I don't like –évidemment remixé par Kanye– et Love Sosa. Musicalement, c'est un tempo assez lent, avec des basses ronflantes qui font vibrer les fenêtres et pas mal de caisse claire.

Et le lien avec l'électro?

«Après l'arrivée du dubstep grand public il y a deux ou trois ans, certains producteurs ont commencé à incorporer des sonorités et rythmes venus du hip-hop à la musique électronique», explique à 20 Minutes le directeur musical de la radio branchée californienne KCRW, Jason Bentley. Selon cet influent DJ, qui sera notamment au festival Coachella, «le plus intéressant dans cette nouvelle vague est le croisement culturel entre un son typiquement américain mélangé à l'influence plus européenne de l'EDM (electronic dance music)», qui a pris d'assaut le top 40 US depuis que David Guetta a produit l'album des Black Eyed Peas en 2009. L'electro-trap a commencé à se démocratiser en 2012, notamment avec les expérimentations du duo TNGHT, celles du label de Diplo, Mad Descent, ou encore de producteurs/DJ comme UZ, RL Grime ou gLAdiator.

Trap, EDM trap, trap hop...

La diversité du genre s'accompagne d'une certaine confusion sur la nomenclature. Certains parlent d'EDM trap pour le versant électro, d'autres de trap hop pour le mariage des deux mondes. Mais de plus en plus, la mode est simplement réduite à l’éclosion du trap. Les morceaux sont en général instrumentaux ou avec des parties vocales minimales et samplées. Le trap conserve souvent le «drop» du dubstep, ce point culminant où la basse arrive après une longue progression et détruit les tympans dans un orgasme sonique.

Quelques exemples

Les producteurs Hudson Mohawke et Lunice, plus connus comme le duo TNGHT, sont très demandés et travailleraient notamment avec Kanye West sur son prochain album.

Le producteur le plus connu du grand public, indirectement, s'appelle Baauer, avec son Harlem Shake qui est devenu un phénomène mondial.

Just Blaze, venu du hip-hop old school, n'a pas mis longtemps avant d'embaucher Baauer et de sampler Jay-Z. Il a relancé sa carrière avec le titre Higher partagé sur tous les blogs fin janvier.

Une évolution tirée par les jeunes

Les DJ de la classe biberon sont les plus actifs dans l'expérimentation. A seulement 17 ans, Hucci commence à buzzer et ne va pas tarder à exploser avec un son déstructuré, presque tribal.

«Je me suis lassé du dupstep et de son wobble (une distorsion de la basse devenue un peu clichée, ndlr). J'étais fan de hip-hop, et tant que jeune artiste, je voulais trouver mon propre son», confie-t-il à 20 Minutes. House, R&B, trap... SHIFTK3Y, 18 ans, chante et mélange, lui, carrément tous les genres.

Culturellement, le phénomène s'invite dans la mode, avec un revival hip-hop (casquette, bling) chez les «trappistes». Dans le slang (argot) branché, le «swerve» remplace le «swag» et finira bien par arriver à Neuilly.

Tout le monde s'y met

«C'est un cycle classique: une évolution part de l'underground puis les artistes pop surfent sur la vague», note Jason Bentley. A ce petit jeu, Beyoncé a battu Madonna et Britney Spears avec un titre trap sorti il y a 10 jours.

Will.i.am a dégainé mardi, avec Justin Bieber en guest, pour un résultat pas vraiment très heureux.

Le monde de la pub a vite réagi, notamment avec Adidas qui utilise un titre de TNGHT pour ses Adicolor.

Jusqu'à la saturation?

Il a fallu moins de deux ans au dubstep pour se faire une mauvaise réputation. Skrillex a collaboré avec à peu près tout le monde, de Korn à Damian Marley, jusqu'à la saturation. Combien de temps durera cette nouvelle vague? «Avec Internet, tout semble aller plus vite», estime Jason Bentley. Mais selon lui, «il n'y a pas à s'inquiéter. L'underground continuera d'innover et d'expérimenter. Il y a une créativité bouillonnante en ce moment.»

>> Les podcasts indispensables de KCRW, Morning becomes eclectic et Metropolis, sont en écoute ici et

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