Woodkid, le projet musical le plus attendu de l’année

Benjamin Chapon
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Le chanteur Woodkid
Le chanteur Woodkid — Mathieu César

Tout a commencé avec un clip. Il y a deux ans, Woodkid poste le titre «Iron» sur YouTube dont il réalise lui-même le clip splendide, dans un noir et blanc mystique. Vingt millions de vues plus tard, Woodkid sort son premier album, «The Golden Age». «On aurait pu sauter sur le buzz, raconte l’artiste. Mais cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu pour faire l’album, c’est tout. Je n’ai pas cherché à faire poireauter les gens.»

 



Woodkid, c’est Yoann Lemoine. Avant de mettre en image sa propre musique, il s’est fait un nom comme réalisateur de clips pour des stars comme Katy Perry, Moby, Rihanna ou Taylor Swift. Il y a cinq ans, il commence à travailler sur Woodkid. «Le projet a pris de l’ampleur parce qu’il a été bien reçu.» Woodkid a su gérer, ou générer, l’attente en distillant deux autres clips, «Run Boy Run» et «I Love Yo », dans le même style grandiloquent que le premier. «Jusqu’à maintenant, on s’était reposé sur les clips qui captaient toute notre énergie et tous les moyens financiers. Il était temps de sortir la musique elle-même.»

Litanies épiques, percussions tribales, emphase mélodique... La musique de Woodkid a le mérite d’être immédiatement reconnaissable. Et difficile à classer.  Pour moi c’est un album de pop sans les ingrédients de la pop. Je voulais confronter les sonorités d’un orchestre classique avec des percussions ethniques, et mixer le tout avec un traitement du son qui soit… futuriste. C’est un objet hybride. Le mixage a pris du temps parce que j’avais une idée très précise du son que je voulais : ample et complexe, qui soit presque parfait et donc un peu dérangeant.»

Ambition et musique démesurées

Woodkid est ambitieux pour sa musique qu’il espère voir «changer le monde» et ne s’en cache pas. «C’est un projet personnel, intime même, qui raconte ma vision de l’enfance. Mais c’est un projet fait pour plaire, pour conquérir les gens. Je ne fais pas tout ça pour moi et mes potes.»

Parfois critiqué pour la démesure gothique de sa musique, Woodkid assume. «Je voulais une forme qui surdimensionne les émotions, quelque chose de très romantique. C’est un projet qui a une forme d’immaturité aussi, un projet très adolescent.» De même il assume l’effet redondant de certains titres. «J’ai besoin de faire et refaire les choses, encore et encore, comme un menuisier, un artisan. Ou comme les peintres qui font des séries sur un motif. L’obsession et la répétition sont des valeurs fondamentales de l’artiste.»

 



Et de fait son album gagne le statut d’œuvre, et non de simple compilation de titres, grâce à son unité stylistique, à l’alternance entre hymnes homériques et chansons plus posées, Woodkid crée une esthétique, raconte une histoire et emporte son auditeur avec lui. Le tout avec une voix folk qui contraste avec la puissance musicale. «Je suis loin d’avoir une voix d’opéra. Le chant est le seul élément fragile du projet, l’élément qui n’est pas dans le contrôle absolu. C’est la brèche.»

Woodkid sans Madonna mais avec Lana

«C’est un projet très envahissant, très lourd à gérer émotionnellement J’ai dû refuser des offres très alléchantes, j’ai dit non à Madonna et aux Rolling Stones. Pas par snobisme mais pour me consacrer entièrement à l’album.» Une à qui il ne sait pas dire non, c’est son amie Lana Del Rey dont il a réalisé plusieurs clips et qu’il a aidée à réaliser son premier album. «Le rôle qu’on a l’un par rapport à l’autre est assez flou. Créativement, j’étais là. J’espère avoir eu de l’influence, et en avoir encore à l’avenir.»

Quoi qu’il en soit, pour Yoann Lemoine, la suite se passe aux Etats-Unis où il est reparti vivre. «J’adore l’idée de tuer Woodkid juste après la tournée. Après tout, j’ai un peu flingué ma carrière de réalisateur de clips en me lançant dans Woodkid. Et là, j’ai plus en tête l’idée de faire un long métrage.»