Jonathan Littell : «Je voulais aborder la question du bourreau»

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"Les Bienveillantes", premier roman de Jonathan Littell, fils du journaliste et écrivain Robert Littell, né en 1967 et édité chez Gallimard, est le premier ouvrage sélectionné pour le Prix Médicis du roman qui sera décerné le 30 octobre prochain
"Les Bienveillantes", premier roman de Jonathan Littell, fils du journaliste et écrivain Robert Littell, né en 1967 et édité chez Gallimard, est le premier ouvrage sélectionné pour le Prix Médicis du roman qui sera décerné le 30 octobre prochain — C. Helie AFP/Gallimard

Interview de Jonathan Littell, auteur des "Bienveillantes", phénomène éditorial de la rentrée.

Votre roman décrit la période nazie avec une obsession de la précision. Avez-vous une formation d'historien ?

J'ai fait de courtes études universitaires aux Etats-Unis qui n'avaient rien à voir avec le sujet. Je réfléchis et me documente depuis 1998. Puis, j'ai écrit le livre en quatre mois. Cent douze jours exactement. Je m'intéressais à la période nazie comme un cas de figure historique, pas par amour du baroque !

Pourquoi cette période ?

Tout s'est croisé là, en Europe, et à cette période, dans l'histoire contemporaine occidentale. Je voulais aussi aborder la question fondamentale du bourreau dans un cadre occidental, afin que les gens ne puissent pas se dédouaner de leur responsabilité. J'aurais aussi bien pu l'évoquer à travers la guerre du Vietnam qui m'a passionné.

C'est à travers un personnage totalement amoral que vous abordez la responsabilité...

Pas du tout ! Il a une morale même si son socle est vicié, il est intègre, fidèle à la tâche qui lui est assignée. C'est un idéaliste piégé par ses idéaux.

Votre titre n'est-il pas ambigu pour évoquer les confessions d'un ancien nazi ?

Il s'agit d'un roman, pas d'un témoignage. Dans l'Antiquité, les Furies, des divinités, étaient appelées « Bienveillantes », par antiphrase. On les retrouve dans Les Euménides d'Eschyle dont mon livre s'inspire. Mon héros ressemble à Oreste.

Qu'avez-vous voulu dire dans ce livre ?

J'ai voulu traiter la question de la responsabilité en confrontant les modes de pensée grecque et judéo-chrétienne. La pensée grecque s'intéresse aux actes, pas à leurs motivations : aucune circonstance n'atténue jamais la responsabilité.

Comprenez-vous que votre livre puisse choquer ?

Ce n'est pas à moi de l'interpréter. Je crois qu'il est plus facile de comprendre un communiste qu'un nazi. On a plus d'empathie pour les communistes. Mais il s'agit de la même chose : une idéologie dans laquelle des hommes ont cru. Et la culture n'est pas un rempart contre la barbarie.

Recueilli par Karine Papillaud