Avec «22/11/63», l'écrivain Stephen King voyage dans le temps

Joël Métreau
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L'écrivain américain Stephen King.
L'écrivain américain Stephen King. — Amy Guip

Il fallait un roman monumental et épais pour s’attaquer à l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy, à Dallas le 22 novembre 1963 par Lee Harvey Oswald. Mais quand on s’appelle Stephen King  et qu’on écrit des thrillers fantastiques, le récit de cet événement historique prend une tournure particulière. Dans 22/11/63 (Albin Michel, 25,90€), l’auteur de best-sellers dépêche Jake Epping, un jeune professeur d’anglais, en 1958, à travers une faille temporelle. Son but: empêcher ce meurtre pour changer le cours de l’histoire.

«Tout un imaginaire autour de cet assassinat»

JFK, un président qui continue de fasciner notre époque: «Il incarnait le dynamisme, la jeunesse et l’enthousiasme des années 1960, remarque l’historienne Hélène Harter, coauteur des Présidents américains (Tallandier, 18,90€) . Le choc de son assassinat a été d’autant plus violent. Et les théories du complot autour de sa mort en font un matériau formidable pour la fiction.» Des thèses conspirationnistes ont accompagné cet événement: et si Lee Harvey Oswald n’avait pas été le seul tueur? Et si le meurtre avait été commandité par la mafia, voire la CIA? «Tout un imaginaire est né autour de son assassinat, un imaginaire poussé jusque dans ses limites. Et s’il n’était pas mort…», note Eric B. Henriet, spécialiste de l’uchronie.

«Stephen King a pris un risque assez fort en écrivant cette uchronie, car le thème de JFK est assez éculé aux Etats-Unis, note Henriet. Il  y a déjà eu des romans et des téléfilms qui évoquent cette divergence historique, le fait que JFK aurait survécu.» Après des variations sur la Seconde guerre mondiale (Hitler vainqueur) et sur Napoléon (perdant), «JFK est indubitablement la star uchronique de la période moderne», note-t-il dans son passionnant ouvrage (L’Uchronie, éditions Klincksieck, 18€). 

La traque de Lee Harvey Oswald

Car la mort de ce président, à 46 ans, entraîne un discours de spéculations: «Si Kennedy n’avait pas été assassiné, il n’y aurait peut-être pas eu de guerre du Vietnam, pas d’émeutes urbaines dans les années 1960, explique l’historienne. Kennedy incarne une forme de nostalgie de tous les possibles qui ne se sont pas réalisés.»

Dans son roman, qu’il avait en projet dès les années 1970, Stephen King va s’intéresser à la traque de Lee Harvey Oswald par ce professeur d’anglais, qui va commettre des gaffes par sa «connaissance anticipée des Rolling Stones» et une «utilisation déplacée de l’argot hip-hop et disco». «S’il explore une figure imposée de la littérature fantastique, le voyage dans le temps, ce roman est moins fantastique que ses précédents, remarque Anne Michel, directrice du département étranger chez Albin Michel. Mais l’on retrouve ses thèmes de prédilection, comme la culture populaire américaine et la petite ville.»

Fresque ambitieuse et chronique détaillée du début années 1960, 22/11/63 est aussi une histoire d’amour contrariée. Celle entre un homme exilé de notre époque post-11 Septembre et une femme prisonnière des préjugés sexistes. Une belle réussite.