«Hessel est mort en écrivant et en pensant»

INTERVIEW Le commissaire général du Salon du livre, Bertrand Morrisset, se souvient de Stéphane Hessel l'écrivain...

Propos recueillis par Sarah Gandillot

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Bertrand Morrisset au Salon du livre de Paris 2010
Bertrand Morrisset au Salon du livre de Paris 2010 — Bertrand Morrisset, commissaire général du Salon du Livre

Aors que le Salon du livre présentait mercredi les grandes lignes de son édition 2013 lancée le 22 mars, le commissaire général du Salon, Bertrand Morrisset, se souvient pour 20 minutes de Stéphane Hessel l’écrivain.

Vous connaissiez Stéphane Hessel, quelle image gardez-vous de lui?

J'ai un souvenir. Il y a deux ans, il intervenait sur l'une des scènes du Salon du livre pour parler de liberté. J'arrive au salon, je le vois debout, dans le courant d'air de l'entrée VIP, dans son costume marron un peu élimé, droit comme un I. Je lui dis «Mais Monsieur Hessel, que faites-vous là, vous ne voulez pas vous asseoir? Il m'a répondu: «Ah non, pas du tout! J'attends mon attachée de presse, qui est en retard, et je tiens le coup!» Stéphane Hessel a tenu le coup longtemps et il est mort en écrivant et en pensant. C'est un exemple pour nous tous.

Il venait souvent au Salon?

Oui, très souvent. Soit incognito, soit pour signer ses livres ou pour prendre part à des débats. Il n'était pas compliqué. Si on lui proposait quelque chose et que ça lui plaisait, il venait, sans se poser de questions. Très peu de chichis pour lui.

Quel trait de sa personnalité retenez-vous?

Il était dérangeant. Quand on est un esprit libre et qu'on dit ce qu'on pense à 95 ans, on bouscule les gens dans leur confort. Il me faisait un peu penser à Edgar Faure, dont l'enveloppe à la fin de sa vie était un peu déliquescente mais dont la tête marchait à plein régime. Edgar Faure aussi était un esprit libre, il disait ce qu'il voulait, comme Hessel. On n'en a pas tant que ça, des penseurs libres. Il va nous manquer. Pourvu que les jeunes prennent la relève.

Qu'a révélé le succès d'«Indignez-vous»?

Qu'il n'y a pas de recette dans l'édition. Il y a des ovnis qui arrivent comme ça sans que l'on comprenne vraiment pourquoi. Je crois que la modicité du prix ajoutée à la qualité de la pensée qu'on y trouvait à l'intérieur a suffi à convaincre. On a des leçons à en tirer... Il ne faut pas oublier aussi que Stéphane Hessel a, malgré lui, inventé le marketing. Je suis vieux, je suis droit, je dis ce que je pense et je vous emmerde, ça c'est du marketing nihiliste! Et ça explique sans doute son succès. Mais sans calcul. Car il n'y a eu aucune tactique éditoriale. C'était une tout petite maison d'édition, inconnue... Ce message politique, le sien, d'indignation, combien le portent aujourd'hui? Beaucoup! Mais ils n'arrivent pas à le transmettre parce qu'ils ne parlent pas clair. Hessel, lui, avait ce talent de la formule limpide.