Phèdre cosmopolite

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Phèdre. Le mythe grec est connu de beaucoup et la pièce de Racine a accompagné bien des scolarités. La moderniser était donc un véritable défi, parfaitement relevé par Philippe Adrien, qui la met en scène au Théâtre de la Tempête* de Paris jusqu’au 8 octobre. En évitant les travers d’une actualisation dégradante, le metteur en scène a fait le choix de souligner la dimension universelle de la pièce et de faire de Phèdre une œuvre sans frontières, ouverte sur et à la culture de l’autre. Témoignage de cette volonté d’ouverture : la couleur qui envahit la scène, à la fois par le biais des costumes, soyeux et éclatants aux teintes exotiques, des acteurs martiniquais, blancs, noirs, et métis, et des jeux de lumières qui accompagnent une mise en scène sobre, laissant toute liberté de jeu aux acteurs et toute liberté d’évasion aux spectateurs.

Thésée apparaît ainsi sous les traits d’un marabout inspiré et Phèdre sous ceux d’une femme africaine. Par le biais d’une gestuelle très expressive et de certaines accentuations verbales, Aurélie Dalmat et Esther Myrtil, interprétant respectivement les rôles de Phèdre et d’Oenone, contribuent à tisser une atmosphère particulière, dont les codes ne sont plus seulement occidentaux. Ainsi, au fil des actes, la pièce de Racine s’inscrit dans un ailleurs géographique et culturel, à la fois « étrange et familier ».

Seul petit bémol le soir où nous sommes allés voir la pièce : au moment où elle décide de mettre fin à ses jours, Phèdre, pour montrer son dégoût d’elle-même et de ce qui l’entoure, crache sur le sol, provoquant à son insu l’hilarité du public. Est-ce là la conséquence du parti pris de la mise en scène, qui laisse libre cours à l’expressivité des acteurs ? Ou du jeu parfois exagérément expressif de Phèdre ? L’affirmative réglerait rapidement le problème ; elle empêcherait pourtant de poser une question plus profonde. Cet épisode n’est-il pas, en réalité, révélateur du grand écart persistant entre les classiques et le grand public ? Quoi qu’il en soit, la salle du théâtre de la Tempête était comble ce soir-là, emplie de lycéens qui sont restés attentifs à l’histoire de la tragédienne grecque durant les deux heures dix du spectacle. Gage, peut-être, d’une réconciliation à venir, souhaitée par Philippe Adrien lui-même. 

Caroline Sainsard

* Pièce de Racine, mise en scène par Philippe Adrien. Avec Aurélie Dalmat, Yna Boulangé, Aliou Cissé, Mike Fédé, Paulette Kneur, Natacha Mircovich, Esther Myrtil, Jean-Claude Prat-Rousseau.
La pièce est jouée au Théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie (75012), jusqu’au 8 octobre, les mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20h30, le jeudi à 19h30 et le dimanche à 16h. Relâche le lundi.