Démons et merveilles d'une enfance japonaise

©2006 20 minutes

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Considéré comme l'un des plus grands auteurs de manga au Japon, Shigeru Mizuki reste quasiment inconnu en France. Une lacune que comble la sortie de NonNonBâ (éd. Cornélius), un pavé de 420 pages que les spécialistes tiennent pour son chef-d'oeuvre. Mizuki y délivre une sympathique chronique familiale autour d'un écolier fou de dessin surnommé «Gégé» (Shigeru de son vrai prénom, comme l'auteur).

L'album, très dense, dépeint les moeurs provinciales dans le Japon des années 1930. Mais il va bien au-delà, en s'attachant à deux personnages emblématiques d'une nation alors en pleine mutation: le père de Gégé, un lettré ouvert au progrès, représente la modernité; au contraire de la vieille NonNonBâ (équivalent de « Mémé » en japonais), qui incarne la tradition en diffusant des histoires de Yokaï, ces êtres surnaturels qui peuplaient les récits d'autrefois sur l'archipel nippon. Au lieu d'être déstabilisé par ces influences opposées, Gégé s'en nourrit et et se met à créer des mangas qui font l'admiration de ses copains... Manifestement autobiographique (l'auteur est né en 1922 dans une province du Sud-Ouest), NonNonBâ est une excellente introduction à l'oeuvre de Shigeru Mizuki, en attendant un récit fantastique à paraître l'an prochain.

Olivier Mimran