Festival de la bande dessinée: Angoulême, le village-monde

BANDE DESSINEE Le festival accueille des auteurs venus de partout. C'est souvent un choc culturel...

Benjamin Chapon et Joël Métreau

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C'est une petite ville de Charente qui accueille l'événement qui fait fantasmer les auteurs du monde entier. Art Spiegelman, président du festival l'an dernier, avait expliqué: «Comme le syndrome de Paris touche des touristes japonais infiniment déçus par Paris quand ils arrivent par le RER B, les auteurs de BD étrangers éprouvent un choc violent au festival, c'est le syndrome d'Angoulême!» Ceci étant dit avec tendresse et humour. «C'est vrai que les auteurs sont très surpris quand le train s'arrête au milieu des champs», explique Michel Ching-long Lu, représentant de Taïwan venu en 2012.

Mais l'étonnement ne s'arrête pas à l'environnement champêtre. Craig Thompson, auteur américain, avait été impressionné par la présence du ministre de la Culture à Angoulême: «Le maire a tenu à poser en photo avec moi ! Aux Etats-Unis, on regarde les auteurs de BD indépendantes comme s'ils s'adonnaient à un hobby stupide, comme collectionner des briques.»

Une dédicace en dessert

Shoko Takahashi, interprète japonais-français, accompagne régulièrement des auteurs de mangas: «Ils sont très surpris des questions philosophiques des journalistes français qui analysent vraiment leurs œuvres. On leur demande des explications ou une logique à des choses auxquelles ils n'auraient jamais pensé. Sur le moment, c'est difficile.»

Autre choc culturel : les dédicaces. Des auteurs de comics américains habitués à être payés (grassement) pour chaque dédicace aux Japonais qui n'en font pas, le rituel angoumoisin est une découverte. «Toru Terada était étonné que les auteurs prennent dix minutes à dessiner pour chaque personne, explique Shoko Takahashi. Au Japon, c'est une signature et la date. Mais c'est quelque chose qu'apprécient les auteurs de mangas, ce contact très proche avec le public.»

Olivier Coipel, dessinateur français qui a réussi dans le comics aux Etats-Unis, pense que le décalage vient du fait que contrairement à la majorité des Américains, «à Angoulême, les gens considèrent la BD comme un art, au même titre que la gastronomie». Shoko Takahashi approuve : «D'ailleurs, avant de passer à table au festival, je préviens les auteurs que ça va être très copieux. Ils sont très surpris quand arrive le dessert.»