Avec un marché en baisse de 4,4%, la filière musicale réclame une taxe Google

CULTURE Le Snep a dévoilé ce lundi à Cannes son bilan du marché de la musique enregistrée en 2012. L'occasion de réclamer à nouveau que soit corrigé «le transfert de valeurs qui se fait au détriment de la musique» et au profit des géants du Net...

Annabelle Laurent, à Cannes
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Un clip musical sur YouTube.
Un clip musical sur YouTube. — CAPTURE D'ECRAN/20MINUTES.FR

Le pouvoir est passé du côté des géants d’Internet et il est temps d’obtenir compensation: la filière musicale n’a cessé de le répéter dans le cadre du Midem, le marché international de l’édition musicale qui se tient à Cannes jusqu’à mardi. Le discours n’était pas différent ce lundi midi lors de la présentation par le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP) du bilan du marché de la musique enregistrée en 2012

Le numérique en progression de 13%

Le marché de la musique est en baisse globale de 4,4%. La progression de 13% du marché numérique, qui représente désormais 125 millions d’euros et 25% des ventes de musique, ne suffit pas à compenser la baisse des ventes physiques (-11,9%). Cette progression du numérique s’explique par la croissance soutenue du téléchargement légal (+12%) mais surtout par la forte progression du streaming (+32%) qui représente désormais 42% des revenus du numérique, ce qui fait de la France le 2e pays du streaming après la Suède (si l'on tient compte du poids des revenus du streaming au sein des revenus numériques).

«L’appétence pour la musique en ligne existe, mais il faut la convertir en terme de marché. Pour cela il nous paraît équitable de corriger le transfert de valeurs qui s’est fait au détriment de la musique», a martelé le Snep, en proposant de comparer les chiffres de valorisation boursière d’Apple (307 milliards) et de Google (207 milliards) à celui de Vivendi: 21 milliards d'euros.

Corriger le transfert de valeurs

«Transfert de valeurs»: voilà  le maître-mot de cette 45e édition du Midem. «Si demain Google n’a plus de contenu, ça s’appelle les Pages Jaunes!», lançait Pascal Nègre quelques jours avant le Midem. «A quoi sert une liseuse ou un iPad sans contenu, sans musique? La chaîne de valeur n’a de sens que parce qu’il y a au bout des contenus gratuits et licites» poursuivait le président de la société civile des producteurs phonographiques (SCPP). «Ce n’est pas un mal en soi que les géants du Net s’enrichissent. Le problème, c’est qu’ils le font au détriment des autres, qui sont les détenteurs de droit», a renchéri ce lundi David El Sayegh, le directeur du Snep, qui réclame que «la ministre s’empare de cette problématique, pour envisager une rémunération compensatoire».

Présente au Midem dimanche après-midi, Aurélie Filipetti, contrainte d'être sur la réserve jusqu’à ce que la Mission Lescure dévoile ses conclusions fin mars, a assuré vouloir «associer au financement de la création ceux qui en tirent profit» mais est restée prudente quant à la volonté de certains de s’associer à la négociation déjà engagée par la presse avec Google. «Ce sont deux choses différentes. Je propose de ne pas opposer les uns les autres mais d’élaborer pour la musique des outils spécifiques, car c’est juridiquement le meilleur moyen d’obtenir des résultats» a-t-elle affirmé.