Capitale européenne de la Culture: Marseille 2013, et après?

CULTURE L'argent investi pour l'événement va-t-il réellement aider la cité phocéenne à se réhabiliter?...

Benjamin Chapon

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Pour ses différents projets architecturaux (ici, le Vieux-Port rénové), Marseille 2013 a dépensé 700 millions d'euros.
Pour ses différents projets architecturaux (ici, le Vieux-Port rénové), Marseille 2013 a dépensé 700 millions d'euros. — P. MAGNIEN/20 MINUTES

De notre envoyé spécial à Marseille,

Marseille est sans doute la dernière capitale européenne de la culture en France. Sorte de Jeux olympiques de la culture, le modèle, qui décerne le titre à deux villes de pays désignés à l'avance (en théorie, ce sera à nouveau au tour de la France en 2028), devrait muter. Le temps n'est plus aux dépenses somptuaires qui ont permis aux précédentes capitales de réaliser des rénovations urbaines, comme Lille en 2001.

Pour ses différents projets architecturaux (dont l'ambitieux Musée des civilisations méditerranéennes, le Mucem, l'immense hangar maritime réhabilité en centre d'art, le J1 ou encore le geste architectural à la finalité un peu floue, la Villa Méditerranée), Marseille 2013 a englouti 700 millions d'euros.

Un impact touristique

Les optimistes prennent l'exemple de Liverpool et pensent que 2013 sera un tremplin pour que Marseille devienne, de fait, une capitale européenne sur le plan touristique. Depuis qu'elle a été capitale européenne de la culture en 2008, Liverpool a doublé son nombre de touristes et a même réuni ses services culturels et touristiques. Avant, le tourisme était sous l'égide du bureau de «l'industrie» à la mairie.

L'impact touristique a également été très positif pour les deux ports de la Baltique, Vilnius (Lituanie) et Tallinn (Estonie), respectivement capitales de la culture en 2009 et 2011. «Nous existons sur la carte des destinations depuis 2011, explique Urmas Pansip, délégué au tourisme estonien. L'autre point positif aura été pour nos artistes qui sont désormais beaucoup plus programmés partout en Europe. Et font la promotion du pays.»

«Espérons que ça dure»

Georgia Kalov, directrice du musée d'Art contemporain de Liverpool, pondère l'enthousiasme: «Nous nous sommes rendu compte que la culture vivante coûte cher, alors que le patrimoine rapporte sans trop d'effort. Les gens viennent voir la pittoresque cité des Beatles, un fantasme, pas la réalité sociale parfois dure dont nos artistes témoignent dans certaines de leurs créations.» Lille a ainsi plutôt misé sur la continuité de l'exigence artistique en pérennisant certaines équipes de Lille 2004 qui ont créé Lille 3000, programmation artistique à géométrie et géographie variables.

Porto, capitale en 2001, avait aussi ce projet de pérennisation. La crise est passée par là depuis. «Depuis deux ans, de nombreux lieux ouverts en 2001 et laissés à l'abandon par les pouvoirs publics ont été magnifiquement repris en main par des associations ou des collectifs d'artistes», explique Pedro Daloso en citant l'exemple de… la Friche de la Belle de Mai à Marseille. Ce lieu de résidences, de créations et d'exposition au centre de Marseille existe depuis une quinzaine d'années, mais Marseille 2013 lui a donné les moyens de nouvelles ambitions, affirme son président Marc Bollet: «On a reçu un soutien financier. Enfin… Espérons que ça dure.» Sinon, de Marseille 2013 ne resteront que de beaux souvenirs et de beaux bâtiments.

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