«Final Fantasy», l'odyssée en musique de Nobuo Uematsu

Joël Métreau

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Nobuo Uematsu, compositeur des musiques de "Final Fantasy".
Nobuo Uematsu, compositeur des musiques de "Final Fantasy". — J. JUNG / 20Minutes

Pour la première fois dans l’histoire des Grammy Awards, la bande originale d’un jeu vidéo (celle de «Journey» par Austin Wintory) a été nommée cette année. Une reconnaissance du genre dont le compositeur japonais Nobuo Uematsu, 53 ans, fut l’un des fondateurs. Pour le Français Christophe Héral, compositeur de «Rayman Origins» et «Rayman Legends», «il fait partie des gens qui ont balisé la musique de jeux vidéo, c’est incontestable. Je l’ai découvert au début des années 2000 lorsque je travaillais avec Michel Ancel sur «Beyond Good & Evil», et qu’on m’avait donné sa musique à écouter». Pour la plupart des joueurs, Uematsu se confond aussi avec la nostalgie de «Final Fantasy VII», premier jeu de rôles japonais, sur PlayStation, à connaître un succès populaire en Occident.

La bande-annonce de «Final Fantasy VII»:

Autodidacte, Nobuo Uematsu a d'abord multiplié les petits boulots: «Voiturier, direction d’engins sur les chantiers, travail à la chaîne dans une usine Coca-Cola, où j’enlevais les bouteilles défectueuses», raconte-t-il. De la Belgique où ils s’étaient installés, ses parents, profs, le découragent de persévérer dans la voie artistique. Nobuo s’acharne. Il commence par créer des musiques pour des spots de pubs à la télé et fait une rencontre déterminante avec un responsable de l’éditeur Square Enix. «Il m’a proposé de petites commandes, des morceaux, pour les jeux vidéo. Personne ne voulait s’occuper de ces contrats, ce n’était pas valorisant», se souvient-il.

Le thème «One Winged Angel» de «Final Fantasy VII»:

C’était comme pour le cinéma au temps du muet. Uematsu compose pour les consoles Famicom, puis NES, «à une époque où les personnages ne parlaient pas. La musique devait retranscrire leurs émotions et traduire une ambiance». Aujourd’hui, le standard des bandes originales s’est aligné sur celui des musique de films, ce qu’il semble à demi-mots regretter. «Il a dû gérer la transition entre les sons chiptunes et la musique orchestrale. Et il a montré là ses limites», note Yann Bernard, rédacteur pour IG Magazine.

Ravel, Debussy et Michel Polnareff

Nobuo Uematsu énumère ses sources d’inspiration, la musique médiévale européenne, Ravel, Debussy, mais aussi des Français contemporains: Michel Legrand pour Les Parapluies de Cherbourg et le thème musical du film Eté 42 pour lequel il a été oscarisé. Michel Polnareff, au firmament de sa popularité au Japon dans les années 1970. Uematsu scrute sa mémoire: «Il y avait cette chanson dans un film avec Catherine Deneuve.» C’est  «Ça n’arrive qu’aux autres». En commun avec «Final Fantasy», un style mélodramatique, parfois grandiloquent. «Uematsu est très fort pour composer des thèmes destinés à être passés indéfiniment», remarque Yann Bernard. Des thèmes joués lors de concerts par une centaine de musiciens et choristes, lors de «Distant Worlds: Music from Final Fantasy » (à Paris les 12 janviers et 13 janviers prochains).

Extrait de «Distant Worlds : Music from Final Fantasy» 

A partir de 1987 et du premier «Final Fantasy», Nobuo Uematsu devient indissociable de la saga d’heroic fantasy qui se vendra à 100 millions d’exemplaires. Jusqu’en 2004, où il prend ses distances avec Square Enix et il revendique son indépendance. «En se libérant de Final Fantasy et en composant pour d’autres jeux, il a pu développer d’autres styles. Le jeu de rôle Blue Dragon possède une couleur très chaleureuse, avec de l’humour, comme des sonorités samba», constate Yann Bernard. Le dernier titre sur lequel il a travaillé, c’est «Fantasy Life» sur Nintendo 3DS, conçu par Level-5, célèbre pour ses Professeur Layton. Il a fondé son propre des labels, des groupes rock, The Black Mages, puis Earthbound Papas. Et là où on l’attendait pas, il a sorti l’an dernier un album ambient pour accompagner le reiki, une méthode de soins par apposition des mains.

Reiki Japan par Nobuo Uematsu