Diamanda Galas : «C'est dans la nature humaine d'avoir peur»

©2006 20 minutes

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Interview de Diamanda Galas, chanteuse.

Vous ne vous êtes pas produite en France depuis quinze ans. Pourquoi ?

Parce qu'on ne m'a pas invitée. Pourtant, j'adore la France...

Vous êtes invitée de l'Etrange Festival. Etes-vous cinéphile ?

J'aime un certain genre de cinéma. Des oeuvres comme Les Yeux sans visage ou Soeurs de sang, que j'ai sélectionnées ici, m'ont beaucoup influencée dans mon travail. Certaines bandes originales m'ont aussi marquée. Il m'est arrivé d'écouter celle de L'Exorciste à fond en conduisant sur l'autoroute, jusqu'à ce que le son en soit distordu. Même chose avec les chanteuses d'opéra ! A mes débuts, on m'a souvent dit que ma voix donnait l'impression d'être saturée. Je répondais : « Mais je l'aime comme ça ! »

Vous êtes aussi fascinée par les films de vampires...

Oui, et aussi par les personnages qui portent une malédiction, les exclus, les rejetés. J'ai souffert d'hépatite C pendant vingt ans. J'ai fini par m'en sortir, mais dès que je rencontrais quelqu'un et que j'avouais être malade, je sentais un mouvement de recul. C'est dans la nature humaine d'avoir peur. J'avais fini par en plaisanter, je disais : « Je ne peux pas te promettre que je ne vais pas te mordre... »

Que va-t-on entendre ce soir * ?

Ce spectacle-là ne repose pas sur la performance vocale. J'interprète des chansons d'amour plus ou moins tragiques. Je reprends Edith Piaf, Peggy Lee, Marlene Dietrich, etc. Souvent, je mets de la violence physique dans mes concerts. Ce soir, la violence sera plutôt psychologique.

L'étiquette gothique qu'on vous a collée vous agace ?

Ça me limite, mais en pensant aux films et à la musique que j'aime, à mon look, cette définition me convient. Et si les adolescents gothiques veulent venir à mes concerts, tant mieux !

Recueilli par Isabelle Chelley

* Théâtre du Gymnase-Marie-Bell (Paris 10e).