Dominique Manotti : «Ma part de fiction est un désenchantement»

©2006 20 minutes

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Interview de Dominique Manotti, écrivain, qui revient avec une fiction entre magouilles politiques et délocalisat-ions, avec son livre Lorraine connection (Rivages Thriller).

D'où vous est venue l'idée de ce roman ?

L'histoire de ce livre est vieille de dix ans. En octobre 1996, Alain Juppé donne « pour un franc symbolique » Thomson Multimédia à Daewoo. Ça a fait hurler beaucoup de monde. En décembre, il annule sa décision sans motif. Je me dis, bizarre. Deux ans et demi plus tard, on apprend que Daewoo est en faillite, et son patron en fuite avec 2 milliards de dollars. En 2003, la dernière usine Daewoo ferme en Lorraine. Il y a un incendie criminel, un ouvrier est accusé, son procès – auquel j'assiste – est une supercherie judiciaire. Alors, je me suis dit : il faut écrire, raconter cette histoire.

C'est aussi une rencontre avec une région, la Lorraine...

Une rencontre avec Longwy, petite ville endormie alors que du temps de la splendeur de la sidérurgie, c'était une ville d'une puissance extraordinaire. Un lieu tragique, donc romanesque.

Ce livre, comme tous vos précédents, traite notamment de la corruption...

J'essaie de saisir dans mes romans tous les filtres sociaux, politiques, économiques, qui empêchent les vraies informations de remonter.

Pourquoi ce besoin de réel ?

J'ai commencé à écrire très tard. J'ai d'abord été historienne et pendant très longtemps militante syndicale. Ce qui m'a passionné dans le syndicalisme, c'est la confrontation avec le réel, les bagarres pour changer le monde, ce que n'est plus le syndicalisme aujourd'hui. Finalement, j'écris le roman de ce que j'ai renoncé à changer dans la société. Ma part de fiction est un désenchantement. Tout m'échappe, alors au moins, je veux le raconter et écrire l'histoire culturelle, sociale et politique de ma génération.

Recueilli par Bastien Bonnefous

Une usine qui ferme, des ouvriers sur le carreau, un patron voyou, des paradis fiscaux, et des concurrents prêts à tout pour raffler la mise... D'un style sec et parfait, Dominique Manotti continue son autopsie de nos sociétés modernes.