David B. : «Un héros mort continue à exister malgré tout»

©2006 20 minutes

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Interview de David B., auteur de bandes dessinées.

Pourquoi avez-vous donné une suite au récit Le Jardin armé ?

Jan Zizka y était un héros vivant. J'en ai fait un héros mort dans Le Tambour amoureux, même s'il continue à exister malgré tout.

Après avoir combattu la ferveur des Adamites, il devient lui-même objet de culte...

C'est le paradoxe d'un mouvement à la fois hérétique et révolutionnaire : on combat ce que l'on va devenir. Dans tout mouvement révolutionnaire, il y a des radicaux qui sont rapidement éliminés, puis ceux qui les ont éliminés sont à leur tour considérés comme radicaux. C'est ce qui est arrivé à Trotski... ou à Zizka, dans mon album.

Pourquoi le thème de la mort est-il aussi présent dans votre oeuvre ?

C'est lié à L'Ascension du Haut-Mal [éd. L'Association], un album dans lequel je raconte l'épilepsie de mon frère. Mon existence a été marquée pas ses crises quotidiennes. Petites morts heureusement suivies de résurrections... Les quêtes mystiques de mes personnages ont peut-être un rapport avec celle de mes parents, qui ont fait appel aux médecines parallèles pour secourir mon frère.

Votre dessin semble évoluer vers plus de profondeur ?

Oui, et ça correspond à l'évolution du récit. J'y abandonne le groupe pour parler d'un couple et exploiter une idée plus intimiste de l'humain. Du coup, j'adopte parfois des perspectives plongeantes.

Quels sont vos projets ?

Un album sur les débuts du fascisme italien, entre dictature et utopie. Je travaille aussi sur le troisième tome des Chercheurs de trésor (Dargaud). Et je vais adapter une histoire de pirates de Pierre MacOrlan, pour une nouvelle collection jeunesse chez Gallimard.

Recueilli par Olivier Mimran

Le Jardin armé et autres histoires (éd. Futuropolis) est un recueil de trois récits fantastiques, proches du conte. Deux ont été déjà publiés dans la revue Lapin, le troisième, Le Tambour amoureux est inédit.