La chanteuse surréaliste

Benjamin Chapon Photos : Vincent Wartner

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Olivia pose dans Le Visage de Mae West (utilisable comme appartement surréaliste) et observe sa Vénus de Milo aux tiroirs.
Olivia pose dans Le Visage de Mae West (utilisable comme appartement surréaliste) et observe sa Vénus de Milo aux tiroirs. — Photos?: V.?WARTNER/20 MINUTES?:

Elle jette un œil aux tableaux d'un air distrait, un léger sourire aux lèvres. Ce lundi matin, alors que la foule s'amasse déjà devant le Centre Pompidou pour visiter l'exposition Dali*, la chanteuse passe en revue les toiles célèbres ou moins du peintre espagnol. Elle semble toutes les connaître. « J'ai grandi à Marseillette, à une heure de route de Figueres, en Espagne, où se trouve le musée Dali. C'était notre sortie traditionnelle du dimanche. » De quoi rendre presque banales les excentricités visuelles de Dali aux yeux d'Olivia Ruiz. « Je ne sais pas si j'aime ou pas son œuvre. C'est là, dans mon souvenir, c'est tout. Mais j'aime beaucoup le personnage égocentrique et un peu sale con qu'il avait créé. » Elle-même a songé à se créer un personnage médiatique « comme -M- ou Lady Gaga… Mais c'est trop tard pour moi. Et j'aurais trop peur que ça me rende moitié barjot. Mes personnages sont ceux de mes chansons. J'ai le plaisir du jeu à l'intérieur des morceaux. » Des personnages, son nouvel album, Le Calme et la Tempête, en comporte quelques-uns, des femmes vengeresses, désespérées, folles d'amour. Un féminisme qui lui fait remarquer que « Dali ne peint jamais de sexe de femme, par contre il met des bites partout. »

Performance et création
Dans sa balade à travers l'expo, Olivia Ruiz marque une pause devant des photos de Dali manipulant chats et femmes nues. « J'aime beaucoup les performances en art, parce que ça se rapproche de ce que je vis sur scène. » Elle qui, à ses débuts, a acquis sa légitimité sur scène, s'est depuis inventé un passionnant univers cabaret-pop. Sur son nouvel album, elle signe seule, et pour la première fois, textes et musiques. « Je ne crois pas qu'on devienne un vrai artiste au moment où l'on fait ses chansons seul. Barbara, Montand ou Bashung, qui étaient interprètes, sont de vrais grands artistes. Chanter est une création en soi. »
Catalane de cœur, mais pas de langue, Olivia Ruiz loue la folie douce que dégage l'ensemble hétéroclite de l'œuvre de Dali. « On imagine que ça ne passerait plus aujourd'hui, parce qu'on imagine toujours le public plus con qu'il n'est. C'est pour ça que je n'ai plus la télé : parce qu'à un moment, c'est vexant. Sur le papier, avec mes chansons complètement barrées, je n'aurais jamais dû rencontrer le succès. » Un succès surréaliste, assurément.