Jean-Louis Murat : «J'ai composé dans le noir complet»

©2006 20 minutes

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Interview du chanteur, à l'occasion de la sortie dans les bacs de son nouvel album "Taormina"

Jennifer Charles d'Elysian Fields et Carla Bruni vous avaient rejoint sur les disques précédents, cette fois, c'est du 100 % Murat ?

A la base, je comptais bosser seul, mais deux trois copains m'ont rejoint, chez moi [en Auvergne]. La voix féminine, c'est mon épouse. Elle chante très juste. Une prise suffit entre deux occupations familiales.

L'atmosphère sur le disque est sombre, très bluesy. Pourquoi ?

J'ai composé cet album dans le noir complet. Je venais de perdre l'un de mes meilleurs amis, je baignais dans la mort, et en même temps, étant à nouveau papa, dans les cris de bébé. Là-dessus se sont greffées des trahisons de vieux copains. J'étais en fin de contrat avec ma maison de disques et pour certains, c'est comme une maladie contagieuse. J'en ai écrit une chanson... Je me sentais abandonné, victime d'une illusion.

A quoi peut-on s'attendre pour votre prochaine tournée ?

J'ai envie de création pure, que les chansons puissent partir en tous sens à tout moment. La frontière devient floue entre la variété et le rock, mais la démarcation se fait là : d'un côté il y a ceux qui enregistrent pour payer leurs impôts et donnent toujours le même concert, et de l'autre, ceux qui essayent de créer.

A ce sujet, que pensez-vous de la nouvelle scène française ?

Elle m'afflige. Je déteste cette chanson pétainiste de vieux garçons qui ont peur des filles. La musique que j'aime est orgiaque. Si on supprime Eros et Bacchus, il n'y a plus de créativité, ça devient un gagne-pain pour gagne-petit.

Recueilli par Isabelle Chelley.

Pour fuir le blues de la rentrée, "Taormina" n'est peut-être pas l'album idéal. Mais sitôt happé par ses ballades poignantes, ses paroles ciselées par un Murat très en verve, une fois encore impeccable en interprète sobre et désabusé, on se sent bouleversé, pris au piège de ses émotions. Vivant, quoi.