Robots, c'est pas que de la SF

JOël Métreau

— 

Le robot Nao, créature d'Aldebaran Robotics, la chanteuse Nicki Minaj en femme androïde chez David Guetta,le héros animé Pat Labor et Michael Fassbender dans Prometheus (de gauche à droite et de haut en bas).
Le robot Nao, créature d'Aldebaran Robotics, la chanteuse Nicki Minaj en femme androïde chez David Guetta,le héros animé Pat Labor et Michael Fassbender dans Prometheus (de gauche à droite et de haut en bas). — INTERFOTO USA/SIPAM. SAYLES/AP/SIPASakchai Lalit/AP/SIPA1989 HEADGEAR/BANDAI VISUAL/TOHOKUSHINSHA

«Dites à quelqu'un qu'il va se faire opérer par un robot… C'est pourtant plus sûr, le geste sera mieux contrôlé », soupire Girolamo Rammuni, historien des sciences et commissaire de l'exposition « Et l'homme… créa le robot », au musée des Arts et Métiers*. Le robot continue de faire peur. Le marché de la robotique de service devrait connaître une croissance exponentielle, en passant de 3,3 milliards de dollars en 2008, à 85,5 en 2018, selon l'International Federation of Robotic. Rien à faire, son étrangeté inquiète. Au cinéma, par exemple, sous les traits de l'acteur Michael Fassbender dans Promotheus ou de la chanteuse Nicki Minaj dans le clip « Turn me on » de David Guetta.

Trop réaliste, gros malaise
Pour Daniel H. Wilson, auteur du thriller Robocalypse (Fleuve Noir, 20,90 €) qui sera adapté au ciné par Spielberg, « les androïdes ne respirent pas, ne clignent pas des yeux et bougent bizarrement. Nous, les êtres humains, interprétons cela comme des signes de maladie. Cela s'appelle l'effet psychologique de la Vallée dérangeante. »Une peur très occidentale. Au Japon, depuis le manga Astro Boy de Osamu Tezuka, l'animation (« Gundam », « Patlabor »**…) promeut au contraire des robots au service de l'homme. « La création des robots vient d'un scientifique qui veut aider l'humanité, note Olivier Fallais, rédacteur en chef de Anime Land. D'ailleurs, des parlementaires japonais songent à s'inspirer de la série « Gundam »». Mais avant qu'ils ne protègent les citoyens, on a le loisir de les voir danser.
« Une vraie relation »
La chorégraphe Blanca Li*** prépare une création avec huit danseurs et autant de robots, dont Nao, créature d'Aldebaran Robotics, un robot français qui est déjà présent dans plus de 200 écoles et «enseigne» comme assistant du prof dans 80 classes. « Je passe du temps avec lui. On peut développer une vraie relation avec un robot super mignon, sourit-elle. Et il peut transmettre de l'émotion avec son mouvement. Mais il y a un travail sur l'équilibre difficile à gérer, que nous, nous effectuons avec nos muscles. » « Les artistes sont plus attentifs à l'interaction avec le public, note Emmanuel Grimaud, anthropologue et coordinateur du numéro 15 de la revue Gradhiva : “Robots étrangement humains”. Or pour les roboticiens, c'est très important aussi. Car les robots sont destinés à être adoptés par un public, et à être utilisés. »
Faire en sorte qu'on puisse s'attacher à une machine devient un enjeu. « Le vrai défi intellectuel et de conception, c'est le robot compagnon, explique Girolamo Rammuni », citant l'exemple de personnes âgées qui se laissent mourir en perdant leur animal de compagnie. Le robot chien leur resterait fidèle pour l'éternité. Pas d'inquiétude donc. Hormis pour des missions pour Mars ou dans les zones contaminées de Fukushima, « les robots ne sont pas là pour nous remplacer », assure l'historien. Retournons donc à nos films, romans et séries de science-fiction, d'autant plus, ajoute l'historien, que « la création artistique a souvent anticipé la réalité technique ».