Les anti-mondaines de la littérature

Karine Papillaud

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Les romans de Juliette Benzoni et de Françoise Bourdin sont en tête des ventes, mais rarement en une des magazines littéraires.
Les romans de Juliette Benzoni et de Françoise Bourdin sont en tête des ventes, mais rarement en une des magazines littéraires. — DESSONS/JDD/SIPAJ. FOLEY/OPALE/EDITIONS PLON

roman, BM Blues (Belfond, 18 €), paru au début de sa carrière en 1993. Après un accident où il a perdu sa sœur, un jeune homme de bonne famille se fait embaucher par un entrepreneur de BTP pour conduire sa voiture : choc des générations, choc des classes sociales.

Best-sellers sans marketing
Françoise Bourdin est inclassable : elle écrit des histoires qui se déroulent en province mais ne sont pas de la littérature de terroir, bourrées de sentiments sans être à l'eau de rose. Et ça marche : 7,5 millions d'exemplaires vendus en France, quatre romans adaptés en téléfilms, onze langues de traduction et environ 300 000 exemplaires vendus par roman. De quoi agacer les habituels ténors des meilleures ventes qui n'atteignent pas ces niveaux, dignes d'un Goncourt.
Même fièvre acheteuse pour les livres de Juliette Benzoni, une jeune fille de 92 automnes, qui s'est spécialisée dans le roman historique. « C'est notre Alexandre Dumas en jupons », souligne Frédérique, l'une des fans les plus affûtées de cette grand-mère espiègle et bien née, à laquelle elle consacre un blog, bibliojbenzoni.unblog.fr. Après sa saga sur les Borgia, Juliette Benzoni vient de démarrer une autre trilogie, La Guerre des duchesses (Plon, 21,50 €), quand ses séries « Catherine », « Le Gerfaut » et « Marianne » sortent sur liseuses. Depuis 1964, elle a publié dans 35 pays 79 titres qui lui valent plus de 300 millions d'exemplaires vendus. Avec Françoise Bourdin, elle partage le goût d'une langue simple et généreuse, sans afféterie, pour raconter des histoires qui instruisent et font voyager leurs lectrices. Peut-être est-ce cela la mystérieuse recette du succès d'un livre.La presse les boude, le public les adore : Juliette Benzoni et Françoise Bourdin incarnent toutes les deux ce que l'on appelle avec un peu de mépris l'easy reading. Ce n'est pas un genre, juste une manière de nommer des auteurs qui ne sont pas adoubés par le milieu littéraire, qui préfèrent les histoires qui finissent bien et qui rassemblent un important lectorat, plutôt composé de ménagères de plus de 40 ans. Encore que : « Mon public s'est beaucoup rajeuni et les hommes aussi se mettent à me lire », glisse Françoise Bourdin. Cette jolie femme à cheveux courts, discrète jusqu'à la simplicité, vient de ressortir un roman,